Nous sommes faits de sable

Juillet 2011

 

Molathwe Mokalake, un Bushman, à New XadeMolathwe Mokalake, un Bushman, à New Xade

 

Bienvenue à New Xade, au Botswana, l’un des villages où les Bushmen g//ana et g//wi ont été « relocalisés », entre 1997 et 2005, dans le but officiel de les aider à s’intégrer à la société botswanaise et de leur permettre de bénéficier de meilleures conditions d’éducation et de santé. Selon le gouvernement, il s’agissait de tirer les Bushmen du milieu sauvage où ils menaient une vie misérable parmi les bêtes…

En réalité, les camps de relocalisation sont pour les Bushmen des lieux de mort. Leur séparation brutale et forcée de leur territoire, justifiée par des préjugés racistes, est une voie rapide vers la perte de leurs mythes, de leurs rituels et de leur mémoire et risque d’aboutir à la disparition totale de leur société.

A New Xade, les Bushmen ne peuvent pas subvenir à leurs besoins comme ils le font dans la réserve du Kalahari Central. La chasse est en effet leur moyen de subsistance traditionnel. Elle fait partie de leur histoire et de leur identité en tant que peuple. Aujourd’hui, les autorités refusent de leur accorder des permis de chasse et ils sont fréquemment arrêtés et battus lorsqu’ils sont surpris en train de chasser. La vie au camp les rend totalement dépendants des rations alimentaires gouvernementales.

 

Distribution mensuelle de rations alimentaires à New XadeDistribution mensuelle de rations alimentaires à New Xade

 

Privés de la plupart de leurs droits humains, les Bushmen ont intenté un procès au gouvernement et ont obtenu en décembre 2006 une victoire décisive pour eux et importante pour tous les peuples indigènes du monde. Ils ont gagné le droit de retourner chez eux, dans la réserve. Pour leur malheur, la région du Kalahari Central s’étend sur l’un des gisements de diamants les plus riches de la planète. Le gouvernement a donc tout fait pour empêcher leur retour dans la réserve. Il leur a notamment interdit l’accès à leur principale source d’approvisionnement en eau afin de rendre impossible leur vie au Kalahari, une terre particulièrement sèche.

En juin 2010, les Bushmen ont par conséquent intenté un nouveau procès au gouvernement dans l’espoir de récupérer l’accès à leur puits. Un premier jugement défavorable a été annulé, en janvier dernier, par la Cour d’appel du Botswana, qui a décidé que l’interdiction faite au Bushmen d’accéder à leur puits constituait un traitement dégradant. Forts de l’affirmation de leurs droits à la vie et à l’eau, les Bushmen pourront-ils enfin reprendre possession de leur territoire ?

« Je suis né et j’ai vécu ici depuis très longtemps. C’est mon droit d’aînesse dans ce territoire, là où le corps de mon père gît dans le sable. Nous sommes faits de la même matière que le sable… »

 

Un Bushman fait couler le sable du Kalahari entre ses doigtsUn Bushman fait couler le sable du Kalahari entre ses doigts

 

Pour aller plus loin, tu peux découvrir un dossier complet sur les traditions et le mode de vie des Bushmen.