Méga-barrages : grosse catastrophe

Mars 2011

 

Le mois dernier, 3 représentants indiens d’Amazonie ont manifesté à Paris, au parvis des Droits de l’Homme, près de la tour Eiffel. Ruth Buendia Mestoquiari du peuple ashaninka, Sheyla Juruna du peuple juruna et Almir Surui du peuple surui-paiter, soutenus par Survival International, sont venus protester contre des projets de méga-barrages qui menacent la vie de milliers de personnes au Brésil et au Pérou.

 

Sheyla Juruna, Ruth Buendia Mestoquiari et Almir Surui dénoncent les barrages destructeursSheyla Juruna, Ruth Buendia Mestoquiari et Almir Surui dénoncent les barrages destructeurs

© Thomas Léaud/Survival

 

Malgré tout, les travaux du barrage de Belo Monte, sur la rivière Xingu, en Amazonie brésilienne, ont commencé 2 semaines plus tard. Des bulldozers ont déjà commencé à raser la forêt pour installer le grand chantier. Les Indiens avaient pourtant remis à la présidente brésilienne Dilma Rousseff une pétition lui demandant de mettre fin à ce désastreux projet.

Le développement est généralement considéré comme un progrès. Cependant, non seulement tout le monde n’en profite pas, mais ses effets peuvent être meurtriers sur les populations les plus fragiles. S’il est construit, Belo Monte deviendra le 3e plus grand barrage du monde. Il permettra de produire beaucoup d’énergie et de fournir de l’électricité à de nombreux Brésiliens… mais il entraînera aussi la destruction de grandes étendues de forêts et réduira considérablement le stock de poisson dont dépendent des milliers d’Indiens qui vivent dans cette région. Nombre d’entre eux perdront ainsi leur territoire et leurs moyens de subsistance. Ceux qui courent les plus grands risques sont les tribus d’Indiens isolés.

Qu’en pensent les Juruna et les Kayapo du Xingu ? « Nous ne voulons pas du barrage hydroélectrique de Belo Monte car nous savons qu’il n’apportera que destruction, déclarent leurs porte-parole. Nous ne pensons pas qu’au seul niveau local, mais à toutes les conséquences destructrices de ce barrage : il attirera encore plus d’entreprises, plus de fermes, il favorisera l’invasion de nos terres, les conflits et même la construction de nouveaux barrages. Si l’homme blanc continue ainsi, tout sera très vite anéanti. »

 

Indien kayapoIndien kayapo

 

L’hydroélectricité (c’est-à-dire l’électricité produite à partir de barrages construits sur des cours d’eau) est considérée comme une énergie renouvelable et comme une forme de développement durable, censée participer à la lutte contre le réchauffement climatique. Pourtant, ces projets de grands barrages peuvent avoir des conséquences catastrophiques pour l’environnement. Ces conséquences n’affectent pas seulement les peuples autochtones, comme nous l’enseignent les Indiens du Xingu :

« Nous luttons pour notre peuple, pour nos terres, pour nos forêts, pour nos rivières, pour nos enfants et à la gloire de nos ancêtres. Nous luttons également pour l’avenir du monde, car nous savons que ces forêts sont autant bénéfiques aux peuples indigènes qu’à la société brésilienne et au monde entier. Nous savons aussi que sans ces forêts, beaucoup de gens souffriront, beaucoup plus que de toutes les destructions qui ont eu lieu par le passé. Toute vie est interconnectée, comme le sang qui unit les familles. Le monde entier doit savoir ce qui se passe ici, il doit se rendre compte à quel point la destruction des forêts et des peuples indigènes signifie sa propre destruction. »

Les Etats peuvent-ils continuer à se développer à n’importe quel prix, et au mépris des droits des peuples indigènes ? A Belo Monte, le combat n’est pas terminé : les entreprises impliquées dans le projet ont encore besoin de certains permis pour pouvoir finaliser la construction du barrage. Les Indiens ont le droit de ne pas être les victimes de la croissance du Brésil et le gouvernement a le devoir de ne pas les oublier.