Indiennes, avocate et ministre

Octobre 2008

 

"Waynau bii"

Les images resteront longtemps dans la mémoire des Indiens du Brésil. A Brasilia, la capitale, le 27 août dernier, Joênia Batista de Carvalho s'avance vers les 11 juges de la Cour suprême. Sur ses joues, elle a peint 3 traits rouges, deux horizontaux et un vertical, symboles traditionnels de force et de loyauté. Ils contrastent vivement avec ses longs cheveux noirs qui retombent sur sa robe d'avocate. Joênia ouvre sa plaidoirie avec deux mots prononcés en wapixana, la langue de son peuple : "Waynau bii" ("Assez de violence") !

Première avocate amérindienne du Brésil, sa voix est vibrante d'émotion. Elle parle au nom des communautés indiennes qui l'ont chargée de les défendre devant la Cour. Les juges ont pour mission de définir les limites de la réserve Raposa-Serra do Sol.

Grande comme la moitié de la Belgique, cette réserve abrite quelque 19 000 Indiens Makuxi, Ingaricó, Patamona, Taurepang et Wapixana. Ils se battent, avec l'aide de Joênia, pour maintenir l'unité de la réserve. Seule la continuité de leur territoire protégera leur mode de vie des influences extérieures destructrices.

Leur demande heurte les fermiers blancs installés dans la réserve qui sont soutenus par le gouvernement de l'Etat de Roraima et bénéficient aussi des sympathies de l'armée, qui prétend que la réserve complique leur surveillance des frontières.

Rebelle depuis l'enfance, Joênia est fière de militer pour son peuple, de faire connaître ses espérances et ses inquiétudes aux "non-Indiens". Elle est née en 1974 dans un village amazonien en voie d'acculturation. Sa grand-mère ignorait tout du portugais, mais sa mère ne connaissait plus que quelques mots de la langue wapixana.

Le fonctionnaire qui enregistra sa venue au monde un jour de Saint-Jean la "baptisa" tout simplement Joênia Batista. Carvalho est le nom de son mari, un commerçant métis. Mais elle revendique son nom indien : Joênia Wapixana. A l'école, excellente élève, seule indienne de sa classe, elle s'insurge contre le mépris qui accable sa famille, contre les préjugés de ceux "qui nous tiennent pour laids, stupides et paresseux. Pas moyen d'échapper à notre identité, qui se lit sur notre visage". Elle souffre d'être "indienne, femme et pauvre".

Elle a 18 ans lorsque sa sœur aînée, qui vient d'accoucher, décède à l'hôpital, victime d'une négligence. Cette mort la révolte et fixe sa vocation : elle sera avocate. En 1997, elle décroche brillamment son diplôme et le Conseil indigène du Roraima a besoin d'elle. Il lui faut d'abord gagner la confiance des siens. Ce n'est pas joué d'avance dans cette société où les hommes, vieux de préférence, chefs ou chamanes, monopolisent la parole. A chaque rencontre, elle explique qui elle est et d'où elle vient.

Joênia prend des risques : en 2002, elle reçoit un avertissement : 3 Indiens, qui viennent de l'écouter, sont abattus. Depuis 30 ans, rappelle-t-elle aux juges de Brasilia, 21 chefs indigènes ont été assassinés. A ces crimes s'ajoutent les menaces de mort, les maisons incendiées, les ponts sabotés. Les Indiens ripostent, ici ou là, en occupant une plantation ou en barrant une route.

Le 27 août, le premier juge invité à se prononcer a donné raison aux Indiens. Il y eut alors un mouvement d'allégresse dans la salle d'audience, où une trentaine d'entre eux, visages peints, avaient été admis. A la demande d'un magistrat, désireux de se rendre sur le terrain pour mieux comprendre, le tribunal a provisoirement arrêté le procès et ne tranchera qu'en fin d'année. Joênia est optimiste. L'exposé du juge en faveur des Indiens, dit-elle, est "historique". Il a compris que, "sans (leur) terre, (leurs) valeurs et (leur) culture, ils ne peuvent exister".

(Source : J.-P. Langellier, Le Monde, 10 septembre 2008.)

 

Au Paraguay, une ministre indienne

Au Paraguay, une indienne aché a été nommée ministre des Affaires indigènes par le nouveau président. Margarita Mbywangi est née dans la forêt ancestrale des Aché mais elle a été enlevée par des colons à l'âge de 4 ans et vendue comme esclave. Depuis les années 1950, de nombreux Aché ont été dépossédés de leurs terres, tués ou capturés lors des invasions des propriétaires terriens et des colons.

Maragarita Mbywangi est la première Indienne à être nommée ministre des Affaires indigènes. Elle a déclaré que les droits territoriaux des Indiens du Paraguay étaient une priorité. Les Ayoreo-Totobiegosode sont parmi les Indiens les plus vulnérables du Paraguay, certains vivant sans contact avec le monde extérieur. Leurs terres sont détruites à grande vitesse, principalement par les éleveurs de bétail.

(Source : Survival.)