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Les îles Andaman et le tsunami
Mars 2005
Les îles Andaman et Nicobar se trouvent dans l'océan Indien, au Sud-Est de l'Inde. Le 26 décembre dernier, elles ont été très gravement touchées par le tsunami, car situées très près de l’épicentre du séisme. Survival a pu recevoir régulièrement des nouvelles des peuples qui y vivent. Ce dossier comprend 4 parties :
Les peuples indigènes des îles Andaman et NicobarLa population y est très diversifiée, et les plus nombreux sont les Indiens venus du continent s'installer dans les îles depuis moins d'un siècle. Mais avant eux, plusieurs peuples indigènes y vivaient depuis des milliers d'années. La plupart de ces peuples ne comptent plus que quelques dizaines de personnes. Les Grands Andamanais sont regroupés dans un campement de l'Etat indien. Ils étaient 100 fois plus nombreux il y a 50 ans et ont particulièrement souffert du contact avec le monde extérieur. Les Onge, au nombre de 100, victimes du braconnage et de l'abattage de leur forêt, continuent à vivre sur leur ïle de Petite Andaman. Les Jarawa, dont nous parlons ci-dessous, sont 250. Les Sentinele, entre 50 et 250 personnes, vivent encore très isolés sur leur île et ne veulent aucun contact avec le reste du monde. Les Shompen, au nombre de 380, vivent eux aussi loin du monde extérieur sur l'île de Grand Nicobar. Les Nicobarais étaient environ 30 000 avant le tsunami. Ce sont des sédentaires cultivateurs vivant dans 12 villages sur l'île de Car Nicobar. Ils sont davantage en contact avec le monde extérieur et beaucoup d'entre eux ont été convertis au christianisme.
Les JarawaPendant 60 000 ans, les Jarawa ont vécu isolés dans la forêt tropicale, près des côtes occidentales des îles de Sud et Moyen Andaman. On pense qu'ils sont les descendants des premiers hommes qui ont quitté l'Afrique, et leurs plus proches parents seraient les Bushmen du désert du Kalahari, au sud de l'Afrique. Ils ont la peau noire et peignent leur corps d'un mélange d'eau et de jus de citron. Ils vivent en groupes semi-nomades de 40 à 50 personnes. Les hommes chassent le cochon sauvage et le varan, pêchent à l'arc, pendant que les femmes ramassent des racines, des graines et des fruits. Après la chasse et la pêche, les hommes grimpent dans les arbres pour récolter du miel sauvage. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 250, gouvernés par l'Inde qui ne leur laisse qu'une petite zone de forêt pour vivre. Une route a été tracée à travers la réserve, ce qui facilite l'entrée des braconniers, des bûcherons et des touristes. Leur environnement en souffre, et ils se méfient des étrangers, les accueillant parfois avec des tirs de flèches. Alors, on peut lire le long de la route des pancartes prévenant les visiteurs : "Attention aux Jarawa", "Ne donnez aucune nourriture aux Jarawa". Est-ce qu'on ne se croirait pas dans un zoo? Les Jarawa sont aussi victimes de maladies apportées par les Blancs, comme la rougeole qu'ils ne connaissaient pas avant le contact et dont ils meurent. S'ils ont la réputation d'être agressifs, c'est parce qu'ils sont méfiants face aux dangers venus du monde extérieur. Survival les aide à se défendre contre le gouvernement de l'Inde qui voulait les déplacer de force dans des "centres de conservation". Ils ont finalement gagné le droit de rester chez eux et bénéficié de l'interdiction à quiconque de venir braconner ou d’abattre les arbres de leur forêt. En décembre dernier, le gouvernement a même décidé d'agrandir leur réserve d'une zone de 180 km2, riche en sources d'eau et en côtes poissonneuses.
© Salome/Survival
Le tsunami du 26 décembre 2004Les îles Andaman sont découpées et élevées. Les ports sont protégés au fond de criques et ici le tsunami n’a pas provoqué de mur d'eau, mais une simple élévation du niveau de la mer. Les îles Nicobar ne se dressent pas hors de l'eau comme leurs voisines. Elles sont plutôt plates et la vague y a été dévastatrice. Les Nicobarais ont fui vers l'intérieur, et ont attendu quatre jours les premiers secours. Leurs villages côtiers ont été rasés et les victimes ont été nombreuses. Les habitants de ces îles se sentent abandonnés, oubliés dans leurs îles lointaines après avoir été durement frappés par le tsunami, coupés du reste du monde, et ils se demandent s'ils auront droit à une aide quelconque. Ils sont des milliers hébergés dans des camps, et l'on compte beaucoup de morts et de disparus. Dans la capitale, Port Blair, des camps de réfugiés ont été installés par des associations, et des commerçants y assurent le ravitaillement. Des militaires n'ont pas hésité à voler en hélicoptère au secours des rescapés. Mais que fait l'Etat indien pour eux? Quant aux peuples indigènes vivant isolés dans les forêts de ces îles, il semble qu'ils n'aient pas eu de victimes. Ils ont une connaissance de la mer que la civilisation moderne a perdue, ils ont senti venir la catastrophe et ont couru se réfugier vers l'intérieur, vivant plusieurs jours de bananes et de noix de coco fournies par la nature. Les Sentinele ont accueilli l'hélicoptère par des tirs de flèches, signe qu'ils allaient plutôt bien.
Petites anecdotes
Dossier réalisé à partir des informations collectées sur place par Survival, et d'extraits d'articles de Libération, Le Monde, Courrier International et Mon Quotidien de janvier et février 2005. |