Il était une fois le chocolat

Janvier 2013

 

Noël et les fêtes de fin d’année sont toujours l’occasion de déguster des gourmandises au chocolat. On oublie souvent que celles-ci sont un héritage des peuples indigènes.

Le chocolat est un produit emblématique du commerce international. Alors que les Européens en sont les premiers consommateurs, l'Afrique est aujourd'hui le premier continent producteur de cacao au monde. Dès 1822, des colonisateurs portugais ont introduit le cacaoyer dans leur possession de São Tomé, au large du Gabon. Pourtant, sais-tu qu’il s’agit d’une très ancienne invention des Indiens d’Amérique ?

 

© D.R.

 

Le chocolat provient en effet d'un arbre, le cacaoyer, qui pousse depuis des milliers d’années dans un méandre de l'Amazone, au cœur de la grande forêt équatoriale d'Amérique du Sud. On pense cependant que les premiers consommateurs de chocolat, environ 1000 ans avant J.-C., sont les Olmèques. Descendus commercer à travers l'Amérique centrale depuis leurs lointaines régions du Mexique, ils rapportent quelques jeunes plants de cacaoyer dans leur pays, les plantent et se mettent à les cultiver. Ils consomment les fèves de cacao sous forme de boisson épicée, à l'occasion de rituels sacrés. Il s'agit alors d’une boisson alcoolisée fabriquée à partir de la pulpe de la cabosse, le fruit du cacaoyer.

Les autres peuples de l’actuel Mexique adoptent à leur tour cette boisson. Parmi eux, les Maya et plus tard les Aztèques qui font avec les fèves un breuvage réservé aux nobles et aux guerriers. Cette potion aux multiples propriétés est censée donner force, virilité et puissance à son consommateur. Elle est liée à un mythe rapporté dans le Popol Vuh, livre sacré des Maya.

 

Femme maya du GuatemalaFemme maya du Guatemala

© Christophe Chat-Verre/Survival

 

Les fèves de cacao deviennent également une unité de mesure et une monnaie d’échange au cœur de l’empire aztèque et chez d’autres peuples amérindiens. Sur les marchés, un lapin vaut 10 fèves et un pot en terre en coûte 12 à 25.

Le procédé de fabrication est déjà bien rodé : les fèves extraites des cabosses sont séchées au soleil et grillées puis leur coque est retirée. Enfin, elles sont broyées dans un récipient appelé metate par les Mexicains, jusqu’à l’obtention d’une pâte. Mélangée à des épices, à du piment ou à une bouillie de maïs, cette pâte est servie chaude ou froide et prend le nom de xocoatl (« eau amère »), un mot qui sera traduit par « chocolat ».

Il faut attendre l’arrivée des Espagnols sur le continent américain, dans le sillage de Christophe Colomb, pour que le cacao soit découvert par les Européens. La boisson est goûtée par des Blancs dès la fin du XVe siècle, dans les Caraïbes. En 1519, le conquistador Hernan Cortés découvre le breuvage sacré des mains mêmes de l’empereur aztèque Moctezuma, qui le lui offre en signe d'hospitalité et de respect. Mais cet élixir des dieux se révèle très amer et franchement désagréable au goût des Européens.

Une modification de la recette va donc s’avérer nécessaire pour que le chocolat s’adapte à nos palais. En ajoutant du sucre de canne, dont la culture commence à se développer dans cette zone géographique, les colons européens constatent que le breuvage devient agréable et goûteux. Des missionnaires du Mexique travaillent les dosages en incluant du lait et en remplaçant le piment par de la vanille : dès le XVIe siècle, tout est prêt pour l’engouement planétaire. L’Espagne, la grande puissance de l’époque, devient le premier pays occidental à introduire le chocolat dans ses habitudes culinaires.

Le chocolat devient un produit industriel à partir de la fin du XVIIIe siècle. En 1828, le Néerlandais Conrad Van Houten invente un procédé qui permet de rendre le chocolat beaucoup plus digeste en réduisant de moitié la quantité de graisse. Le chocolat en poudre est né. Cette révolution ouvre la voie à l’industrialisation de masse grâce à de savants dosages entre sucre, beurre de cacao et poudre de cacao : l’ère de la fameuse tablette de chocolat peut commencer…

 

 

Le marché du chocolat représente aujourd’hui 83,2 milliards de dollars. Chaque Suisse en avale plus de 10 kg par an ! La demande mondiale devrait encore augmenter au XXIe siècle, faisant du cacao l’un des fruits les plus consommé au monde. Pourrais-tu imaginer un monde sans chocolat ?

 

D'après Hérodote.net, Futura-Sciences.com.