Gendarmes et chercheurs d'or

Avril 2009

 

En Guyane française sur le fleuve Maroni, ou Aletani...

 

Les villages amérindiens wayana et émerillon, proches de la frontière avec l’Etat voisin du Surinam, sont exposés au passage des chercheurs d'or, ou orpailleurs, clandestins. Pour rejoindre leurs chantiers en forêt, ils traversent le fleuve frontière Aletani et passent devant les villages. Kindy Opoya, du village de Talhuen, témoigne :

« Le quotidien, c’est la peur de ces chercheurs d'or. La peur le jour et la nuit. C’est notre première préoccupation. Les chercheurs d'or ont envahi notre vie, de jour comme de nuit. Chaque jour nous craignons de trouver notre abatti dévasté, parce qu'ils se servent sur nos abattis : la canne à sucre, les bananes … chaque jour nous avons peur de faire une mauvaise rencontre, lorsque nous nous rendons en forêt.

« La nuit, c’est l’inquiétude en permanence. On dort mal, parce que le bruit des pirogues à moteur nous réveille plusieurs fois par nuit. Beaucoup de villageois dorment armés, car ils se méfient. Les chercheurs d'or pourraient très bien entrer dans nos villages et nous voler nos moteurs. Ils ont déjà volé des moteurs aux gendarmes eux-mêmes. »

 

Pirogues sur le fleuvePirogues sur le fleuve

© Survival

 

« Les clandestins n’ont pas peur des gendarmes. Les gendarmes cherchent toujours à éviter les confrontations, ils crient "Attention, gendarmerie !" pour se protéger eux-mêmes, mais cela n’empêche pas les clandestins de passer à 10 ou 15 pirogues. Ils ont des moteurs de 115 chevaux, ils se regroupent et ils foncent. Cela se passe deux ou trois fois par semaine. Depuis longtemps nous avons décidé d’aider les gendarmes (contre leur gré). Nous le faisons régulièrement, les hommes et les femmes, nous faisons des brigades, chacun son tour.

« Il y a aujourd’hui environ 10 gendarmes à Twenke. Ils logent dans les carbets des villageois. Avec les quads qu’ils ont confisqués aux clandestins, ils dévastent le terrain, c’est vraiment gênant. Nous nous disputons souvent avec les gendarmes, on leur reproche de ne pas être efficaces. Lorsque nous arrêtons une pirogue de clandestins, les gendarmes nous empêchent de nous servir, mais eux-mêmes font la cuisine avec les marchandises qu’ils confisquent. Nous leur disons souvent cela : "Vous vous en foutez, vous n’êtes pas chez vous. »

 

Jeunes WayanaJeunes Wayana

© Survival

 

« L’eau du fleuve qui passe devant notre village est sale. Sale et blanchâtre depuis plusieurs mois. Il devient gênant de laver son linge, de se laver, de laver son enfant qui va boire cette eau en se baignant. L’eau du fleuve est sale en ce moment à cause d’un nouveau très grand chantier d’orpaillage qui se trouve sur la crique Lipolipo, une rivière qui débouche sur l’Aletani. Dans nos village, les puits et les pompes ne fournissent de l’eau potable que quelques heures par jour, le matin seulement.

« Les Amérindiens se disputent aussi entre eux à cause de l’orpaillage. Ils sont divisés sur la conduite à tenir. Il y a ceux et celles qui se résignent et ceux et celles qui se battent. Il y en a aussi qui, petit à petit, se lancent dans le commerce avec les orpailleurs, d’autres encore qui se lancent eux aussi dans la recherche de l'or. Les chefs coutumiers sont de plus en plus contestés. Mais que peuvent-ils faire ? La bonne entente se dégrade chaque jour et les Amérindiens se disputent à cause de l’orpaillage.

« Lorsqu'il y a des vacances, tous les villageois quittent le village, car il n'y a plus de douceur de vivre chez nous. La situation empire chaque jour. »

 

(Extraits du témoignage de Kindy Opoya recueilli par Brigitte Wyngaarde en février 2009 au village de Balaté et paru dans Les Nouvelles de Survival, n°71, avril 2009.)