La folie des grands barrages

Mai 2014

 

A quoi sert un barrage ?

Les barrages sont des constructions installées en travers d'une rivière ou d'un fleuve pour retenir et réguler le cours d'eau. Par la puissance de l'eau ainsi contrôlée, le barrage produit de l'énergie électrique. Plus le barrage est grand, plus la force du courant produit d’energie.

La construction d'un barrage a un impact très important sur le fleuve et tout autour du fleuve. Les populations qui habitent le long du fleuve, qui s'en nourrissent en y pêchant, qui cultivent une terre riche et fertile grâce au limon déposé sur les bords du fleuves par les crues, toutes ces populations qui vivent de ces terres et à qui appartiennent ces terres doivent quitter les lieux pour faire place a cette énorme structure productrice d'énergie. Les travaux perturbent les écosystèmes à jamais, comme ils perturbent les hommes qui vivent autour du fleuve, les animaux qui vivent dans l'eau et sur les berges de la rivière et les plantes qui y s'y développent et y poussent.

Le plus grand barrage du monde est le barrage des Trois Gorges sur le Yangtze, en Chine. Il a été achevé en 2006, près de 2 millions de personnes ont été déplacées et expulsées de la région.

 

© Survival

 

Belo Monte

Au Brésil, malgré une très forte opposition des peuples riverains du Rio Xingu soutenus par de nombreux acteurs de la communauté internationale, le barrage de Belo Monte  est en cours de construction depuis 2011. Il sera  le 3ème plus grand barrage du monde. Il  coûtera plus de 10 milliards de dollars.

Pour les populations locales c'est un projet dément et effrayant, un désastre social, humain et environnemental.

"No river, no life",   "Sans rivière pas de vie" résument les opposants au barrage. 1500 km2 de forêt détruite, 20 000 personnes déplacées dont 7000 indiens kayapo doivent quitter leurs terres.

En tout  24 peuples seront touchés par la raréfaction de leurs ressources vivrières, dont les Kayapo, les Arara, les Juruna, les Araweté, les Xikrin, les Asurini ou les Parakana.

70 % du régime alimentaire de ces populations est constitué de poisson, lequel poisson sera nécessairement affecté par la construction du barrage.

"La forêt est notre épicerie, la rivière est notre marché", écrivent trois Kayapo dont le cacique Raoni dans "Valor Economico", le 20 avril 2010,  et ils citent encore la lettre d'un indien d'Amérique du Nord jadis envoyée à son président : "c'est seulement lorsque l'homme blanc aura détruit la forêt entière, lorsqu'il aura tué tous les poissons et tous les animaux, aura asséché toutes les rivières qu'il s'apercevra que personne ne peut manger l'argent".

 

Gibe III

En Afrique, l'Ethiopie construit (ou a le projet de construire) le barrage le plus destructeur de l'Afrique. Objectif : la moitié de l'electricité fourni par le barrage servira à l'Ethiopie, tandis que l'autre moitié sera revendue au Kenya.

 

Le barrage de Gibe III détruira les moyens de subsistance de centaines de milliers de personnes.

© Survival

 

Le barrage mettra fin aux crues du fleuve Omo, qui dépose un limon fertile sur ses rives.  500 000 personnes risquent d'en être affectées : 200 000 pasteurs autour de la rivière Omo, 300 000 autour du lac Turkana. Les terres de 8 populations indigènes locales, les Mursi, des éleveurs cultivateurs, les Bodi (Mekan), les Muguji, les Kara (Karo), les Hamer, les Bashada, les Nyangatom et les Dassanetch en seront affectés, condamnant ces populations a un exil forcé. Sans terre comment ces agriculteurs peuvent-ils subvenir à leurs moyens ? La famine menace et avec elle, les conflits pour ces populations le plus souvent  sans autres ressources que la pêche, l'élevage et l'agriculture. De plus, si la nature reprend ses droits dans cette région où il y a des possibilités de tremblement de terre d'une intensité de 7 ou 8, les dommages sur le barrage peuvent avoir des conséquences catastrophiques.

Ces barrages profitent aux plus riches au détriment des plus pauvres. Ils ont des impacts écologiques et humains désastreux.

 

Sur le même sujet : Méga-barrages : grosses catastrophe (mars 2011)
 

Sources :

Africa Ressource working Group ARWG
Agora vox
Mediapart
avril 2014