Femmes indigènes

Mars 2006

 

Chaque année, le 8 mars est la Journée internationale de la femme. Le 18 décembre 1979, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté une Convention, un texte qui précise tous les droits de la femme partout dans le monde. A cette occasion, nous te présentons des femmes indigènes remarquables, qu'elles soient étudiantes, chamanes, écrivains, maîtres de danse, chefs de village ou ministres.

 

En Australie, Doris Pilkington Garimara est une femme aborigène écrivain qui a raconté l'histoire vraie de sa mère.

Dans ce pays, pendant un siècle, les Blancs ont arraché des enfants aborigènes à leurs familles et à leurs villages pour les mettre dans des pensionnats où ils étaient obligés de recevoir une éducation chrétienne, d'apprendre l'anglais et de vivre comme de bons futurs domestiques. En 1931, cette petite fille de 14 ans et sa jeune sœur s'enfuient de leur pensionnat et parcourent 2 400 km pour rejoindre leurs parents en longeant la clôture qui servait à protéger la région des invasions de lapins. En 1940, elle est de nouveau placée de force au pensionnat avec ses deux jeunes enfants, et réussit encore à s'échapper, laissant Doris, qui avait alors 4 ans, et qui restera 30 ans sans voir sa mère. C'est ce qu'elle raconte dans Le chemin de la liberté, dont on a tiré un film en 2002.

 

 

Doris se bat pour que les Blancs reconnaissent officiellement ce qu'ils ont fait subir jusqu'en 1970 à des milliers d'enfants aborigènes. C'est son livre et le film qui ont fait découvrir avec horreur aux Australiens d'aujourd'hui comment la génération de leurs parents et grands parents traitait les Aborigènes.

 

En Indonésie, sur l'ïle de Sumatra, Inyiak est maître du silat.

A 104 ans, elle a l'agilité et la rapidité d'une jeune femme. Elle est grand-mère, travaille à la rizière et aux tâches ménagères, mais aussi écrivain et musicienne réputée. Elle écrit des pièces de théâtre, compose des chansons et chante elle-même.

Le silat est un art martial traditionnel venu de Malaisie. Il permet de renforcer les liens d'amitié et de fraternité, car pour le pratiquer "il faut avoir un cœur pur et ne pas faire le malin. Cet art tue les défauts, comme la jalousie, l'arrogance ou la haine… L'élève se rapproche lentement de Dieu", explique Inyiak. Le silat est tranchant, mais ne blesse pas. La main doit être plus rapide que la balle qui est tirée vers vous, et la saisir au vol.

 

Aux Etats-Unis, Rebecca Adamson, de mère amérindienne cherokee et de père suédois, est une militante.

Elle se bat pour faire reconnaître les droits des peuples indiens aux Etats-Unis et pour faire connaître la richesse de leur culture. Son combat lui a valu d'aller trois fois en prison, mais elle a réussi à faire voter aux Etats-Unis une loi qui permet aux Indiens de diriger les écoles et d'organiser la vie dans les réserves. Elle milite maintenant en faveur de tous les peuples indigènes de la planète. Grâce à Rebecca, la Banque mondiale, qui prête aux pays pauvres, a décidé depuis 2003 d'aider aussi les populations indigènes.

 

En Guyane, Brigitte Wyngaarde, amérindienne arawak (lokono), est chef du village de Balaté, près de Saint-Laurent-du-Maroni.

 

Brigitte WyngaardeBrigitte Wyngaarde

www.blada.com

 

Elle milite pour faire respecter l'environnement en Guyane et faire vivre les traditions des Amérindiens, tout en modernisant ce département français : il faut des écoles et des lycées, des moyens de communication et des hôpitaux performants. Le plus difficile est de concilier le mode de vie indigène et les nouveautés du XXIe siècle : les jeunes font des études de plus en plus longues et espèrent avoir un métier d'avenir, tout en restant fidèles aux traditions. Ils ont du mal à trouver le juste milieu entre les deux. Beaucoup ne s'y retrouvent pas, se sentent perdus et sont attirés par l'alcool, la drogue ou le suicide. Dans un monde moderne où le goût de l'argent est plus fort que tout, les traditions de sagesse, de tolérance et de partage des Amérindiens sont des valeurs à sauver.

 

En Bolivie, Casimira Rodriguez Romero est indienne et ministre de la Justice.

Casimira vient d'être nommée ministre de la Justice. A l'âge de 13 ans, elle avait été placée comme bonne à tout faire dans un famille, et depuis elle milite pour la défense des employées de maison. "Je viens d'une famille pauvre, mais qui m'a toujours donné beaucoup de tendresse et d'amour… J'ai appris à écouter mes frères et mes sœurs boliviens qui viennent au ministère demander qu'on les entende." Elle s'est battue pendant 12 ans pour que soit votée une loi qui réglemente ce métier.

Comme ministre, elle a aussi l'intention de s'occuper de "la justice communautaire, qui nous vient de nos ancêtres indiens et qui s'applique en fonction de coutumes ancestrales."

 

En Equateur, une école est réservée aux femmes indigènes.

Dans les environs de Quito, capitale de l'Equateur, les femmes peuvent s'inscrire dans une école bien particulière. C'est l'école de formation des femmes indigènes Dolores Cacuango.

Elles y viennent de très loin, après un voyage souvent périlleux et inconfortable, pour assister à des cours d'écologie, de médecine traditionnelle ou de comptabilité. Les études durent trois ans, et les élèves retournent dans leur village pour y enseigner à leur tour ce qu'elles ont appris.

 

En Amazonie brésilienne, chez les Indiens yawa-nawa, deux femmes sont devenues chamanes.

C'est bien la première fois que chez ces Indiens-là, pas du tout féministes, des femmes peuvent devenir chamanes. Katia Hushahu et Raimonda Putani ont dû ignorer les blagues et les insultes des hommes et se soumettre aux rites d'initiation, comme celui qui consiste à avaler du rare, une plante hallucinogène qui fait voyager chez les esprits. Le chef du village est rassuré, car la communauté manquait de chamanes. Et maintenant, les femmes ont prouvé par leur courage et leur acharnement qu'elles sont égales aux hommes.

 

Lire aussi l'article de mars 2006 : Sur l'île des femmes.

 

(Dossier réalisé à partir d'articles de Géo, Metro, Courrier International et de publications de Survival.)