Etre un Indien aux Etats-Unis en 2007

Janvier 2007

 

Qui sont aujourd'hui les "Peaux Rouges" qui attaquaient les trains et les diligences dans les westerns ?

 

Ils sont 4 millions de citoyens des Etats-Unis, regroupés en 562 tribus, et ils sont chaque année plus nombreux. Beaucoup parmi eux sont pauvres et au chômage. La moitié seulement des jeunes suivent l'école jusqu'au bac. Mais si certaines tribus vivent dans des conditions de plus en plus difficiles, d'autres s'enrichissent et se développent.

Les tribus ont leurs territoires, des réserves, sur lesquels elles font la loi et ont leur propre police. Ces terres leur ont été données souvent parce qu'elles étaient pauvres, mais dans le sous-sol se cachaient parfois des richesses.

 

Indien hopiIndien hopi

© Jonathan Mazower/Survival

 

En 1626, un colon hollandais achetait aux Indiens, pour la somme de 24 dollars en perles et étoffes, l'île de Manhattan, aujourd'hui le cœur de la ville de New York.

En 2004, on inaugurait le musée National des Indiens à Washington, avec la participation de milliers de natives (natifs), comme on appelle les Indiens en anglais. Le directeur est un Indien cheyenne et les tribus ont donné 10 millions de dollars pour la création de ce musée au cœur de la capitale. Entre ces deux dates, la culture indienne a gagné sa place d'honneur, après plus de trois siècles de lutte.

Il a fallu attendre 1828 pour lire le premier journal en langue cherokee. Pendant la ruée vers l'or, au milieu du XIXe siècle, les tribus de Californie furent exterminées. Depuis cette époque tragique, la culture indienne est devenue à la mode. Les jeunes, même non Indiens, portent volontiers la casquette Indian Pride pour aller aux cérémonies et participer à la Sundance, la danse du soleil.

 

Certaines tribus se sont lancées dans les affaires et ont fait fortune. Près de la moitié des casinos américains appartiennent aux Indiens. La tribu séminole de Floride vient de racheter les Hard Rock Cafés, soit 124 cafés dans 40 pays et une collection exceptionnelle d'objets, comme les chaussures d'Elton John et le bustier de Madonna. "C'est un moment de grande fierté pour les Séminoles et pour toutes les tribus indiennes", a déclaré le président du conseil de la tribu.

Des jeunes ont créé des groupes de musique, comme les Indigenous de la ville d'Albuquerque au Nouveau Mexique, qui donnent des concerts de rock, blues, reggae, hip-hop et rap dans tout le pays et vendent leurs disques par milliers sur Internet.

Des artisans confectionnent des poteries, des tissages, des bijoux en argent et turquoises et des vêtements en cuir de grande qualité qu'ils vendent à travers le monde entier.

Dans l'Etat du Dakota, trois tribus veulent construire sur leur réserve une raffinerie de pétrole. Dans le Colorado, les Ute exploitent des gisements de gaz qui représentent d'énormes réserves pour l'avenir. Les collines exposées aux vents violents sont aussi des sites excellents pour installer des centrales éoliennes avec de grandes hélices produisant de l'électricité.

 

Beaucoup d'Américains sont maintenant à la recherche de leurs ancêtres indiens. Avec Internet, il est facile de retrouver ses aïeux, et on voit de plus en plus de gens demander un "certificat de degré de sang indien" quand ils ont une grand-mère native, même s'ils ont la peau claire et les cheveux blonds. Ils aiment jouer à l'Indien et porter des parures traditionnelles. Pour ne pas passer pour un Wanabe, ils apprennent la langue de leur ancêtre dans un des nombreux cours qui se développent avec succès. Wanabe vient de 'want to be' en anglais, "qui veut être quelqu'un".

Une nouvelle tribu est née en 1997, la "tribu cherokee du nord-est de l'Alabama", qui a l'intention de développer un authentique village cherokee et qui organise des pow-wows, c'est à dire des rassemblements avec parures, danse et musique.

Il existe donc toutes sortes d'Indiens, depuis ceux qui vivent depuis des générations dans les réserves où le mode de vie est resté traditionnel et qui conservent des traits typiquement indiens, jusqu'à ces "jeunes Indiens", ces "Cherokee blancs", comme on dit en plaisantant à propos de ceux qui viennent d'obtenir le certificat, qui vivent en ville et ne parlent qu'anglais.

 

Etre indien aux Etats-Unis est donc maintenant une fierté et peut aussi être un moyen de devenir milliardaire, même si l'immense majorité des Indiens ne profite pas de la richesse américaine.

 

(Dossier réalisé à partir d'articles du Monde, de Courrier International et du Dico des Indiens de Michel Piquemal aux éditions de La Martinière.)