Du paquet de chips aux Penan

Décembre 2009

 

"Nos arbres fruitiers ont disparu, nos zones de chasse sont très réduites et nos rivières polluées font mourir les poissons. Avant, il y avait plein de sangliers ici. Aujourd’hui, nous n’en chassons pas plus de deux ou trois par mois", constate tristement Matu, le chef d'un village penan de Bornéo.

 

Si on regarde la composition d’un paquet de chips, inscrite en lettres minuscules au dos de l’emballage, on a de grandes chances de découvrir de l’huile de palme. Et si on regarde ensuite la composition de beaucoup de produits alimentaires, comme les goûters au chocolat, les biscuits, la pâte à tartiner, les soupes, les glaces, les céréales du petit déjeuner, les plats cuisinés, on trouvera aussi le plus souvent de l’huile de palme, parfois cachée sous le terme "huile végétale".

Un grand nombre de produits fabriqués industriellement utilisent l’huile de palme, parce qu’elle est très bon marché à produire : le palmier à huile pousse vite. De la pulpe de ses abondantes noix, on extrait facilement de l’huile alimentaire ainsi que des agrocarburants censés remplacer le pétrole.

 

Jeune PenanJeune Penan

© Robin Hanbury-Tenison/Survival

 

Cette consommation d’huile de palme, qui augmente toujours, est un danger pour les peuples indigènes dont les territoires sont défrichés pour devenir des plantations de palmiers à huile. L’Indonésie et la Malaisie sont les plus gros producteurs et exportateurs d’huile de palme (85 % de la consommation mondiale). Ces Etats laissent de grandes compagnies nationales ou étrangères détruire des milliers d’hectares de forêt tropicale : le bois précieux est coupé et vendu, et le reste est incendié. Puis, les producteurs de palmiers aspergent leurs champs d’engrais et de produits toxiques qui polluent le sol et l’eau. Le poisson consommé par les communautés indigènes est donc empoisonné.

Avec la forêt, disparaît aussi une infinité d’espèces végétales et animales, source de subsistance pour ces peuples. Lorsque les autochtones ne sont pas chassés de leur territoire par les fermiers, les bûcherons ou les bulldozers, ils ne peuvent plus y trouver de quoi se nourrir. Certains sont donc obligés de quitter leur territoire et d’abandonner leur mode de vie semi-nomade. Sur l'île de Bornéo, les Penan, un peuple de chasseurs-cueilleurs du Sarawak, ont été forcés de se sédentariser.

 

 

Comme tous les peuples indigènes de cette province de Malaisie, ils ont été spoliés de leurs terres, leurs droits territoriaux n’étant pas reconnus par le gouvernement. Un Penan raconte: "Il n’y a eu aucune négociation. La compagnie a juste placé des panneaux indiquant que le gouvernement lui avait donné l’autorisation de planter des palmiers à huile sur notre terre". Son peuple tente de résister en dressant des barrages sur les routes contre les grandes compagnies. Mais le gouvernement de l'Etat du Sarawak continue de soutenir les producteurs de palmiers, et ferme les yeux sur la violence utilisée par ces agriculteurs pour obliger les Penan à quitter leur terre.

Une publicité pour l'huile de palme de Malaisie a été récemment interdite au Royaume-Uni. Selon elle, la production malésienne était "durable" et permettait la "réduction de la pauvreté" ! Or, dans le cas des Penan, cette publicité est mensongère.
Des membres de la tribu sont satisfaits de cette interdiction, et ont déclaré : "Comment prétendre que l'huile de palme réduit la pauvreté alors que, depuis le commencement, les plantations de palmiers à huile ont détruit nos moyens de subsistance et nous ont davantage appauvris ? Beaucoup d'entre nous sont tous les jours affamés par la destruction de notre forêt."