Du hamburger aux Indiens du Brésil

Janvier 2010

 

"Je n’avais jamais imaginé qu’un jour São Miguel serait transformé en pâturage et que la forêt que j‘ai parcourue toute ma vie viendrait un jour à disparaître totalement", témoigne Tari, chef des Indiens Amondawa au Brésil.

 

En Europe, nous avons pris l’habitude de manger de la viande plusieurs fois par semaine, si possible une fois par jour, et des produits laitiers presque à chaque repas. Quoi de plus facile et bon marché qu’un hamburger ou une portion de chicken nuggets ? Il y a quelques années, on a commencé à importer du Brésil de la viande de bœuf, et surtout de grandes quantités de soja, destinées à l’alimentation animale sous forme de galettes de farine de soja.

Au Brésil, de grands territoires de savanes puis de forêt dans l’Etat amazonien du Mato Grosso ont déjà été convertis en cultures du soja et en pâturages pour l’élevage de bovins. Avec l'augmentation de la demande mondiale en viande, de plus grands territoires ont été dédiés à la seule culture du soja, tandis que l’on défrichait toujours plus de forêt pour en faire des pâturages. La déforestation de l'Amazonie est massive. L’élevage bovin est responsable de 80 % du déboisement. Le Brésil produit 30 % de la viande bovine exportée dans le monde, dont 22 % provient de l’Amazonie. Une route a été construite sur 1 700 km pour la traverser du nord au sud et acheminer le soja du Matto Grosso vers le port de Belem, puis vers l’Europe.

Depuis 20 ans, dans l'Etat brésilien du Mato Grosso, les Guarani ont dû faire face à l’invasion des éleveurs, qui a entraîné expulsions, meurtres, famines et suicides au sein de leur communauté. Beaucoup se retrouvent à camper au bord des routes et des champs. Aujourd’hui, dans le même Etat, les Enawene Nawe, un groupe d’Indiens géographiquement isolé, lutte contre des projets de barrages hydrauliques qui permettront d'irriguer de nouveaux champs de soja et qui détruiront leurs zones de pêche.

Au Paraguay, les Ayoreo-Totobiegosode, tribu isolée, voient leur forêt disparaître à grande allure sous les bulldozers des fermiers qui volent leurs terres pour y élever du bétail de boucherie. Les opérations des éleveurs ont été repérées à l'aide d'image prises par satellite.

 

 

Les Totobiegosode constituent l'unique peuple isolé dont le territoire est détruit directement pour la production de viande de boucherie. Un spot publicitaire de Survival dénonçant la déforestation passe régulièrement depuis novembre 2009 sur une des principales radio du Paraguay. Dans un rapport adressé à l'ONU, Survival décrivait la situation à laquelle sont confrontés les Totobiegosode de "plus grave menace infligée à un peuple indigène".

Une compagnie d'élevage brésilienne qui travaille sur le territoire de ce peuple, a gagné le ‘Greenwashing Award 2010’ ("prix du blanchiment écologique") décerné par Survival International. Elle a remporté ce prix pour avoir tenté de faire passer la destruction d'une immense partie de la forêt des Indiens comme une noble action en faveur de la préservation de l’environnement. Ce n'est qu'un mensonge pour se donner une bonne image auprès de l'opinion publique.

La compagnie brésilienne possède 80 000 hectares d’une forêt qui fait partie du territoire ancestral des Ayoreo-Totobiegosode. Après la diffusion mondiale de photos satellite révélant l’ampleur de la déforestation sur des centaines d'hectares de leur territoire, la compagnie a annoncé sa volonté de créer une réserve naturelle sur leurs terres.

Mais le projet ne comprend qu'une petite partie des terres que possède la compagnie tandis que deux tiers du territoire devraient être transformés en pâturages. Les Totobiegosode déjà contactés condamnent ce projet de "réserve". Ils revendiquent la propriété de ce territoire depuis 1993, mais la plus grande partie de celui-ci est toujours aux mains de propriétaires privés.

 

Des Enawene Nawe à la pêcheDes Enawene Nawe à la pêche

 

Plusieurs ONG ont obligé les grandes compagnies de productions alimentaires à prendre leurs responsabilités. Par exemple, les restaurants Mac Donald's se sont engagés à ne plus fournir l'Europe en poulets nourris avec du soja provenant d'une zone déforestée au Brésil. Mais quelques années après, la déforestation continue au profit de l'élevage et au grand malheur des peuples indigènes.

De plus, les producteurs de soja utilisent des engrais, des pesticides et des herbicides qui polluent les rivières. Le poisson est empoisonné. Les peuples indigènes, lorsqu’ils ne sont pas chassés de leur territoire par les fermiers, les bûcherons, les bulldozers, ne peuvent plus y trouver leurs moyens de subsistance : leur terrain de chasse est réduit mais aussi dégradé.