Deux Papous à Paris

Juillet 2007

 

Arborant des coiffes traditionnelles à plumes, le "chef de guerre" Mudeya Kepanga et le "chef de paix" Polobi Palia viennent de faire le tour du monde. Originaires de Papouasie-Nouvelle-Guinée, ils ont exploré les cinq continents et apporté leur regard particulier sur les cultures et le patrimoine de l’humanité. Ils sont passés par Paris et ont livré leurs impressions sur les Français : de quoi méditer sur l'image que nous donnons de nous-même !

 

Mudeya et Polobi attendant le métro à ParisMudeya et Polobi attendant le métro à Paris

© Marc Dozier/DR

 

A propos de nos ancêtres : "Regardez tout ce qu'ils vous ont légué ! C'est incroyable, ces ponts, ces routes, ces églises, ces maisons de pierre vieilles de presque mille ans ! Vos ancêtres ont été formidables, il vous faudra toujours les honorer."

A propos de nos hommes politiques : "Vos chefs sont comme les nôtres : ils parlent beaucoup trop, l’eau sort de leur bouche comme une fontaine."

A propos des SDF : "Vous avez de superbes maisons, mais vous avez oublié la compassion et le partage. Les Papous partagent tout ce qu’ils ont, personne ne reste seul ou ne meurt de faim. Ici, dans ce pays où il y a de si belles maisons, j’ai vu des gens qui avaient froid et faim."

A propos des immigrés : "Ça m'inquiète, vous savez, les gens qui viennent s'établir sur votre terre, je crois que vous ne les accueillez pas bien... Ça leur fait honte, et quand on a honte, on a de la colère... Un jour, je ne serais pas étonné qu'ils se réunissent et qu'ils cassent tout."

A propos des Françaises : "Elles n’ont pas de barbe ni de pénis, mais elles se comportent en hommes, et cela m’inquiète pour notre avenir. Comme les Blancs nous influencent toujours, j’ai peur qu’un jour nos femmes, trop instruites, veuillent aussi devenir nos chefs. Alors ce serait la fin, car elles ne voudraient plus jamais épouser des cultivateurs et des primitifs comme nous."

A propos de l'Assemblée Nationale qu'ils ont visitée : "Votre assemblée est une maison d’or, elle est faite d’or du sol au plafond", ont-ils remarqué en la comparant à la leur, faite de bois, en Papouasie-Nouvelle-Guinée. "On se demandait toujours pourquoi l’homme blanc venait chercher l’or chez nous, maintenant on le sait."

Au terme de leur voyage, les deux visiteurs ont adressé ce message à "l’homme blanc" : "Notre pays est un pays sous-développé et surexploité. On nous vole nos exploitations minières et forestières, on massacre les Papous. Il faut nous aider à stopper ces massacres et préserver nos territoires."

Pour conclure, voici quel serait l'avenir idéal : "La voie à suivre, c’est un équilibre entre civilisation blanche et civilisation dite "primitive", entre le symbole des habits de l’homme blanc que nous portons aujourd’hui et la coiffe, symbole de la culture papoue. Nous aussi, on veut le développement, mais il ne faut pas qu’il déborde notre pays, qu’il abîme notre culture."

 

D'après un article du 15 Mars 2007 paru dans Le Monde et le site Internet Planet positive. Un livre est en préparation et Canal + diffusera 4 documentaires en septembre 2007 sur le thème de "l'exploration inversée".