Un chef de tribu "high tech" pour sauver la forêt

Avril 2015

 

Almir Nayaramoga Surui est le chef de la tribu des 1400 Surui-Paiter qui vivent dans l'Etat brésilien de Rondonia en Amazonie. Il a fière allure avec sa coiffe traditionnelle de plume d'aigle en couronne autour de son front, qu'on appelle "cocar".

Almir appartient au clan Gameb, le clan des guerriers, du nom d'une redoutable petite guêpe noire de la forêt. Nommé chef de clan à 17 ans, puis chef du peuple Surui-Paiter à 26 ans, Almir a déjà consacré une bonne partie de son existence à la lutte pour la survie de son peuple et celle de la forêt amazonienne.

La première rencontre de sa tribu avec des autorités brésiliennes date de 1969. Ils étaient alors 5000. En 1971, 5% seulement de la tribu avait survécu aux épidémies suite à ce premier contact. Son combat est de sauvegarder la forêt dans laquelle son peuple habite et qui aujourd'hui n'est plus qu'à 35 kilomètres de la ville. Conscient que ses terres et son peuple sont en grand danger, Almir a fait des études et à obtenu un diplôme universitaire en biologie.

 

Piti chef: Malgré son jeune âge, Piti chef a décidé de protéger la forêt de ses ancêtres.
Il porte une couronne traditionnelle de plumes d'aigles, un "cocar".
Copyright Aquaverde*Piti chef: Malgré son jeune âge, Piti chef a décidé de protéger la forêt de ses ancêtres.

Il porte une couronne traditionnelle de plumes d'aigles, un "cocar".

Copyright Aquaverde*

 

Aussi à l'aise avec un arc et des flèches qu'avec un portable, un GPS ou Twitter, il souhaite pour son peuple une conscience verte qui mêlerait la sagesse tribale de ses ancêtres et la gestion high-tech du XXI ème siècle. Il a mis au point avec l'aide de Google Earth Outreach un outil très efficace pour surveiller en temps réel et localiser l'abattage illégal des arbres. Il a mis en place un plan de gestion durable de la forêt qui permet de suivre les espèces animales et végétales qui sont consommées afin de ne pas mettre ces espèces en danger de disparition. Il a planté 100 000 arbres et à instauré un moratoire sur l'exploitation forestière.

Mais l'activisme d'Almir n'est pas du goût de tous et sa tête à été mise à prix par trois fois depuis 2006 par des trafiquants de bois. Des gardes du corps l'accompagnent en permanence. 

C'est pourquoi il vient d'écrire un livre avec Corine Sombrun intitulé "Sauver la Planète". 

Ce livre est une longue lettre qu'il adresse à ses 5 enfants, un testament spirituel au cas ou il viendrait a disparaître, dans lequel il souhaite sensibiliser le monde à l'urgence de protéger la forêt amazonienne et sa biodiversité avant qu'elle ne disparaisse. 

"La forêt est un être vivant, elle ne te respectera que si tu la respectes" disait Marimop, le père d'Almir à celui ci. "Aucun arbre ne pousse sans racines" disait il également. C'est pourquoi Almir à souhaité que son peuple retrouve ses racines culturelles. La langue parlée par les Surui, le tupi-mondé, à été apprise à nouveau en même temps que le portugais, les dessins rituels du corps ont été retrouvé, le chemin de l'école de la forêt à été repris.

Almir pense que l'indépendance économique de son peuple passe par une gestion sur le long terme de la forêt. Il pense que la forêt peut générer des bénéfices sans être détruite. C'est pourquoi il s'est intéressé aux projets de "compensation  carbone" qui exigent des grosses entreprises pollueuses qu'elles payent pour compenser leurs excès de pollution. La forêt absorbe les polluants que sont les gaz à effet de serre produits par la pollution. Replanter des arbres ou mieux, ne pas les abattre permet de réduire cette pollution... Autrement dit, des entreprises polluantes payent pour que la forêt ne soit pas détruite plutôt que de payer pour la replanter. C'est ainsi qu'Almir a développé un "projet carbone Surui", susceptible de préserver la forêt du territoire Surui, tout en apportant des bénéfices qui sont investit à nouveau dans un plan de développement sur le long terme.

Le nom ancestral des Indiens Surui est Paiter, qui veut dire "les hommes vrais, nous".

 

"Sauver la planète, le message d'un chef indien d'Amazonie."

Almir Narayamoga Surui, Corine Sombrun

Albin Michel

*Aquaverde.org