Ceux qui portent des plantes sur le dos

Septembre 2011

 

 

Qui sont ces voyageurs énigmatiques, portant des croix d’argent et des sacs chargés de plantes et décorés avec des monnaies ? Leur réputation est celle de sages médecins aux pouvoirs magiques, de « gitans des Andes », de sorciers lisant l’avenir. Peuple connu pour ses guérisseurs itinérants, les Kallawaya suscitent la crainte et l’admiration.

Les origines du groupe ethnique des Kallawaya, établi dans la région montagneuse du nord de La Paz, en Bolivie, remontent avant même l’époque des Incas. Leur culture a cependant évolué au fil des siècles en mélangeant à sa façon les religions indigène et chrétienne.

Largement reconnues dans les nombreux pays d’Amérique du Sud où les chamanes kallawaya exercent, leurs techniques médicinales reposent sur la représentation du monde des peuples autochtones de la région des Andes. Celle-ci, appelée « cosmovision andine », a été classée au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Elle se compose d’un ensemble cohérent de mythes, de rituels, de valeurs et d’expressions artistiques qui constituent le fondement de nombre d'activités locales.

Les guérisseurs itinérants, uniquement des hommes, traitent les patients grâce à des connaissances médicales et pharmaceutiques qu’ils acquièrent au cours d’un long processus. Le voyage joue un rôle primordial dans leur apprentissage. Avec quelques 980 espèces, leur pharmacopée botanique est l’une des plus riches du monde. De leur côté, les femmes kallawaya participent à certains rites, s’occupent de la santé des mères et des enfants et tissent des étoffes dont les motifs et ornements évoquent leur représentation du monde. Pendant les cérémonies rituelles, des groupes de musiciens appelés kantus jouent du tambour et de la flûte de pan pour établir un contact avec le monde des esprits. Tout ceci est nécessaire car la santé, pour les Kallawaya, est le résultat d’un équilibre entre les hommes et la Terre.

Les Kallawaya ont également leur « parler », une langue mystérieuse transmise de père en fils et encore utilisée par quelques familles. Certains pensent que ce parler, appelé machaj juyai (« la langue des gens ») était la langue secrète des souverains incas, apparentée à des langages de la forêt amazonienne où les Kallawaya voyageaient jadis à la recherche de plantes médicinales. Grâce aux nouvelles technologies de l’information, il existe l’espoir d’une renaissance du machaj juyai et d’autres langues qui disparaissent dans le monde. Un exemple encourageant est celui du quechua, une langue indienne largement parlée dans les Andes. Kallawaya est d’ailleurs un mot quechua qui signifie : « qui porte des plantes sur le dos ».

Depuis quelques années, la culture des Kallawaya se voit toutefois menacée d’assimilation, risquant d’entraîner la disparition de leur extraordinaire savoir. De plus, leur tradition est mise à mal par le manque de protection juridique des communautés autochtones, tout particulièrement face aux politiques des grandes entreprises pharmaceutiques…

 

Sources :
UNESCO : "La cosmovision andine des Kallawaya"
Survival International : "Vous aurez beau la chercher sur Google, elle ne reviendra pas"
Wikipédia