A bord du kabang des Moken

Juin 2011

 

Le kabang est un bateau en bois sur lequel les Moken passent traditionnellement 7 à 8 mois de l’année, entre octobre et mai. Le reste du temps, pendant la mousson, ils s’abritent dans des maisons sur pilotis à l’abri des tempêtes.

 

© Cat Vinton/Survival

 

Les Moken sont un peuple autochtone semi-nomade de l’archipel des Mergui, dans la mer d’Andaman. Leur territoire est disputé entre la Birmanie et la Thaïlande, mais la vie maritime des Moken, qu’on appelle parfois « nomades de la mer », n’est délimitée par aucune frontière.

« Les Moken naissent, vivent et meurent sur leurs kabangs et les cordons ombilicaux de leurs enfants plongent dans la mer », raconte une des épopées de leur tradition orale. Les Moken sont ainsi des navigateurs, plongeurs et pêcheurs hors pair, qui savent lire tous les signes de la mer, des vents et des cycles lunaires.

Les Moken construisent eux-mêmes leur kabang. Ses différentes parties sont liées entre elles par du bambou et du rotin. Sa coque est sculptée, l’arrière est en forme de fourche et le toit en feuilles de palmier séchées. Seules quelques espèces d’arbres sont utilisées pour sa construction, comme le rakam, une plante fibreuse qui gonfle quand elle est mouillée. Avant de couper un arbre pour construire ou réparer un bateau, les hommes doivent demander la permission aux esprits.
 

Les secrets du kabang

Pourquoi le kabang est-il ouvert aux deux extrémités ? D’après le mythe de création des Moken, la reine de l’île de Sibian ordonna que le kabang représenterait le corps d’un homme, avec une bouche qui mange (makan okang) et un derrière qui défèque (mae butut).

« Si un jeune homme est capable de construire un bateau, de fabriquer des rames ou des voiles, s’il sait comment utiliser la lance pour harponner des tortues, alors je lui donnerai ma fille », disent les pères de famille moken. « Dans le cas contraire, je ne permettrai jamais à ma fille de s’en aller ! »

 

© Cat Vinton/Survival

 

Malheureusement, qui sait encore comment construire un kabang ? A cause des compagnies pétrolières en quête de gisements off-shore et des gouvernements qui saisissent les territoires des Moken pour développer le tourisme et la pêche industrielle, le mode de vie des nomades de la mer se perd. Il est de plus en plus difficile aux anciens de transmettre les rituels et les savoirs ancestraux. Résultat : il ne reste plus aujourd’hui que très peu de gens qui connaissent la technique de la construction du kabang.

La plupart des Moken ont été sédentarisés dans des villages de huttes de bambou ; ils vendent des produits d’artisanat ou travaillent comme bateliers, gardiens ou éboueurs dans l’industrie du tourisme. La rupture avec leurs traditions ancestrales et leur environnement a fait beaucoup de mal à leur santé mentale et physique. Seules quelques familles continuent de mener une vie semi-nomade et de passer une partie de l’année sur leurs kabangs, se déplaçant d'île en île dans les eaux turquoises de l’archipel Mergui. Comme les tortues, elles vivent entre mer et terre : l’océan est leur univers.

 

Tu peux voir un superbe diaporama sur les Moken sur le site de Survival.

Les extraits de récits et proverbes sont empruntés à l'ethnologue Jacques Ivanoff.