Aventures en Amazonie

Juin 2006

 

C'est en Amérique latine que sont nées les premières expériences de tourisme équitable chez des peuples indigènes. Il s'agit de faire venir des touristes dans des communautés indiennes et de leur faire partager pendant quelques jours la vie des familles, leur nourriture, leurs maisons, leur travail. Il s'agit aussi d'apporter un peu de richesse dans ces villages, car l'argent dépensé par les touristes revient à la communauté qui les accueille.

Ce sont des régions difficiles d'accès, où les touristes doivent oublier leurs habitudes de confort, s'adapter aux moustiques et à la chaleur et renoncer au téléphone portable. Mais que de choses passionnantes en retour ! Les modes de vie de ces peuples indigènes sont les richesses qui constituent le patrimoine de l'humanité et qui risquent de disparaître si personne ne s'y intéresse. Leurs territoires sont souvent menacés par la déforestation, les grands chantiers de routes et de barrages ou l'exploitation du pétrole et des métaux du sous-sol. Peut-être que ce nouveau genre de tourisme en aidera certains à se défendre.

 

Voici deux exemples de tourisme équitable en Amérique latine.

Au Venezuela, dans les monts Pacaraima, près de la frontière brésilienne, des Indiens pemon ont pu emprunter un peu d'argent pour aménager des gîtes pour les touristes dans leurs villages et apprendre le métier de guide. Ils ont acheté des mules pour les emmener sur les sentiers escarpés qui serpentent dans l'épaisse forêt. Grâce à leur parfaite connaissance du territoire, ils font découvrir aux visiteurs les secrets de la nature et les traditions ancestrales de leur peuple.

Au menu du dîner chez Romulo, du maïs, du bœuf, des goyaves et des bananes, avant d'aller jouer au foot avec les enfants du village. A la veillée, les vieux racontent les histoires d'autrefois, puis on va se coucher dans une maison au toit de palme, avant de reprendre la randonnée au petit matin.

Au Guyana, un pays voisin du Venezuela, les Indiens makuxi organisent des voyages à travers la forêt et la savane pour faire observer aux visiteurs la faune et la flore. On descend la rivière Burro Burro en silence, portés par le courant dans des canoës creusés dans des troncs d'amarante. Singes hurleurs, perroquets araponga, loutres, terribles mouches noires kaboura, fourmiliers géants de 2 mètres de long, nuées d'étourneaux, insaisissables aigles harpies d'une férocité redoutable, vastes étangs couverts d'immenses nénuphars, emblèmes du Guyana : l'œil est partout aux aguets.

 

Enfants makuxi du BrésilEnfants makuxi du Brésil

© 1996 Fiona Watson/Survival

 

Au menu du repas chez Sydney, qui est le touchau (chef du village) de Surama : du manioc, du miel sauvage et toutes sortes de fruits de la forêt. Ici on dort dans des paillotes qu'il a construites pour ses clients. L'école a été bâtie grâce à l'argent apporté par ce tourisme d'un nouveau genre.

 

Mais attention, l'arrivée de touristes pose des problèmes à ces communautés amérindiennes qui ont vécu isolées du reste du monde pendant des siècles. Avec cette brutale ouverture, de nouveaux maux apparaissent. On a pu constater que les enfants découvrent l'argent et apprennent à mendier. Les cérémonies ancestrales se transforment parfois en vulgaires spectacles pour les visiteurs. Les artisans commencent à fabriquer des souvenirs de mauvaise qualité pour les touristes, à la place des objets traditionnels destinés aux rites et aux usages domestiques. Certains villages deviennent des sortes de zoos humains où les Blancs distribuent des bonbons et des gadgets aux Indiens comme s'ils étaient devant des singes.

La richesse des cultures indigènes ne doit pas disparaître sous prétexte que le tourisme apporte un peu de richesse dans les villages isolés.

 

D'après Courrier International du 20 avril 2006, Libération du 7 janvier 2006 et Le Figaro du 8 mai 2006.