Avec ou contre les écolos ?

Juillet 2007

 

Défendre la biodiversité et les peuples indigènes en même temps ?

Aujourd’hui, de vastes territoires où la nature est restée à l’état "sauvage" sont consacrés à la protection de la faune et de la flore : ce sont les réserves et les parcs naturels. Cependant, les peuples indigènes qui vivent sur ces territoires depuis des millénaires ne peuvent pas toujours s’en réjouir : en général, ils sont contraints de quitter leurs terres ancestrales ou de bouleverser leur mode de vie, comme si la protection de la nature et les peuples indigènes ne pouvaient pas faire bon ménage.

La survie des peuples indigènes dépend du respect de la biodiversité, aujourd’hui menacée, non seulement par les désordres écologiques, mais aussi par les défenseurs de la nature eux-mêmes.

 

Femme mursi en EthiopieFemme mursi en Ethiopie

© Edward Mendell/Survival

 

Les chamanes de Sibérie nous rappellent combien leurs chasseurs étaient soucieux de préserver la faune. Chaque année, une cérémonie religieuse permettait de négocier avec la nature la quantité de gibier qui serait chassée, afin de préserver un juste équilibre. Et, de nos jours, on voudrait interdire la chasse au nom de la protection de la faune.

 

De nouveaux sites protégés

L’Organisation des Nations-Unies envisage de créer un nouveau type de sites mondialement reconnus, les "terres sacrées". Le plus souvent protégées par des traditions religieuses, elles sont aussi des habitats privilégiés pour la faune. Nombre de ces sites sont dits "indigènes".

Au Kenya, par exemple, c'est grâce aux cavernes dans lesquelles la tribu des Taïta conservait les crânes des ancêtres que l'on pourra préserver la dernière grande forêt tropicale du pays et ses 350 espèces d’oiseaux. Cette forêt, aujourd’hui menacée par l’exploitation du bois et du charbon, devrait profiter de son classement en "site sacré". Mais cela protègera-t-il aussi les Taïta ?

En 2004, une femme kenyane, Wangari Maathai, a reçu le prix Nobel de la Paix. "La paix sur la terre dépend de notre capacité à protéger notre environnement vivant", avait-elle déclaré. Elle se bat depuis 30 ans dans son pays contre la déforestation : "Le gouvernement cherche en fait à détruire les forêts pour détruire mon peuple puisque c’est dans les forêts que les Kikuyu [son peuple] trouvent leur spiritualité". Espérons qu'en protégeant les lieux de culte, ces sites "sacrés" permettront aussi de protéger les peuples eux-mêmes.

 

"Réfugiés" hors des parcs naturels

Mais hélas, on sait que protéger la flore et la faune en créant des réserves ou des parcs naturels conduit souvent à chasser les peuples indigènes qui vivaient sur ces territoires quand les gouvernements ne leur reconnaissent pas le droit ancestral d'y vivre, c'est-à-dire d'y chasser, d'y faire paître leur bétail ou d'y défricher pour cultiver.

En Afrique centrale, les Pygmées ont vécu des milliers d’années en paix avec les gorilles sur un même territoire. Celui-ci a été transformé en réserve devant la menace de l’exploitation forestière et minière, puis en parc national. Les Pygmées ont alors été expulsés de leur territoire, comme s’ils représentaient une menace pour les gorilles (chassés en fait par des braconniers extérieurs à leur territoire). Ils se sont retrouvés déplacés de force, comme les "réfugiés" d'une guerre.

De la même manière, les Maasaï ont perdu une grande part de leurs pâturages quand ont été créés les parcs naturels en Afrique de l’Est. Les Indiens du Chiapas au Mexique ont été déplacés de leur forêt tropicale et contraints de vivre d’emplois au service du tourisme comme gardes forestiers, serveurs ou guides.

Quant aux Karen, qui habitent les montagnes de la Thaïlande où le gouvernement de ce pays a créé des parcs nationaux, ils se voient interdire de chasser, de cultiver des légumes en pratiquant l’agriculture sur brûlis sur leurs propres terres. C’est tout leur mode de vie qui s’en trouve transformé : ils deviennent dépendants du commerce pour pouvoir se nourrir. C'est la même situation que celle des Mentawaï en Asie.

    

Le Parc de Guyane    

Cependant, il est aussi possible de créer des zones de protection en collaboration avec les peuples indigènes qui vivent sur ces territoires, comme cela se fait maintenant en Australie ou au Canada. Mais encore faut-il accorder une assez large place au respect des demandes de ces peuples et ne pas privilégier les intérêts du tourisme au détriment de leurs intérêts.

Le problème est posé pour le Parc national de Guyane, 8e parc national français, créé en février 2007. Ce parc a pour objectif de protéger la faune, la flore et les peuples indigènes qui y habitent dans le maintien de leur culture et de leur mode de vie. Il aurait donc dû contenter tout le monde. Cependant il est dénoncé comme une menace par les Indiens wayana en raison de l'orpaillage qui va être autorisé sur une partie de leurs terres avec des conséquences dramatiques sur leur environnement.

 

Enfants amérindiens de GuyaneEnfants amérindiens de Guyane

© Stéphanie Guyon / Survival

 

Les communautés amérindiennes inclues dans le territoire du parc sont inquiètes, car la nouvelle règlementation rendra accessibles aux touristes leurs villages jusqu’ici protégés. Les Amérindiens risquent de devenir les représentants vivants d’une culture en train de disparaître.

A trop vouloir protéger, on risque de détruire, ce qui est le contraire du but recherché.

 

(Dossier réalisé à partir de la documentation de Survival, de Wikipédia et de nombreux articles parus dans divers magazines et quotidiens.)