Aux îles Andaman, les safaris humains continuent

Octobre 2012

 

Pendant 60 000 ans, les Jarawa ont vécu isolés dans la forêt tropicale, près des côtes occidentales des îles d’Andaman du Centre et Andaman du Sud, dans l’océan Indien. On pense qu'ils sont les descendants des premiers hommes qui ont quitté l'Afrique, et leurs plus proches parents seraient les Bushmen du désert du Kalahari.

 

Enfant jarawaEnfant jarawa

© Salomé/Survival

 

Les Jarawa ont la peau noire et peignent leur corps d'un mélange d'eau et de jus de citron. Ils vivent en groupes semi-nomades de 40 à 50 personnes. Les hommes chassent le cochon sauvage et le varan et pêchent à l'arc pendant que les femmes ramassent des racines, des graines et des fruits. Après la chasse et la pêche, les hommes grimpent dans les arbres pour récolter le miel sauvage.

Aujourd'hui, les Jarawa ne sont plus que 270, vivant sous la souveraineté de l'Inde qui ne leur laisse qu'une petite zone de forêt pour vivre. Ils sont victimes de maladies apportées par les colons, comme la rougeole qu'ils ne connaissaient pas avant le contact et dont ils meurent. S'ils ont la réputation d'être agressifs, c'est parce qu'ils sont méfiants face aux dangers venus du monde extérieur. Survival les a aidés à se défendre contre le gouvernement indien qui voulait les déplacer de force dans des « centres de conservation » et dénonce depuis 2010 l’existence de safaris humains dans les îles Andaman.

 

La route de la honte

Une route, l’Andaman Trunk Road, a été tracée à travers la réserve, facilitant l'entrée des braconniers, des bûcherons et des touristes. Leur environnement risquant d’être complètement détruit, les Jarawa se méfient davantage des étrangers, qu’ils accueillent parfois avec des tirs de flèches. On peut ainsi lire le long de la route des pancartes prévenant les visiteurs : « Attention aux Jarawa », « Ne donnez aucune nourriture aux Jarawa »… Est-ce qu'on ne se croirait pas dans un zoo?

 

L'Andaman Trunk RoadL'Andaman Trunk Road

© G. Chamberlain/Survival

 

La Cour suprême indienne a ordonné la fermeture de cette route en 2002, mais celle-ci reste ouverte et environ 250 véhicules traversent la réserve chaque jour. Des tour-opérateurs continuent d’organiser des visites des grottes calcaires et du volcan de boue, mais la vraie raison du passage par la route est souvent de proposer de véritables safaris humains qui permettent aux touristes d’observer les Jarawa dans leur environnement naturel.

Au début du mois de juillet 2012, la Cour suprême indienne a imposé une « zone tampon » de 5 kilomètres autour de la réserve des Jarawa pour éviter l’exploitation touristique de la tribu. Cette décision implique la fermeture des complexes hôteliers proches de la réserve ainsi que d’autres attractions touristiques. Les autorités des îles Andaman refusent cependant de durcir leur position sur la pratique des safaris humains et ignorent généralement les décisions de la Cour suprême indienne.

L’hebdomadaire britannique The Observer a récemment confirmé que cette pratique était toujours d’actualité, des milliers de touristes affluant sur l’île à la rencontre des Jarawa. Il y a quelques mois, ce journal avait publié une vidéo montrant des femmes jarawa à moitié nues qui recevaient d’un policier corrompu l’ordre de danser.

Survival estime que la route devrait être fermée pour permettre aux Jarawa de contrôler leur vie et déterminer leur propre avenir. Les autorités andamanes ne devraient-elles pas avant tout se soucier des droits d’un peuple indigène au lieu de privilégier les profits générés par le tourisme ?