Des animaux et des hommes

Mars 2007

 

Les animaux ont créé le monde, c'est bien connu !

Pour les Indiens Navajo du sud des Etats-Unis, le coyote a inventé la voie lactée, les fourmis la turquoise et le dindon les graines qui donneront les récoltes. Pour les Hopi, le serpent à sonnettes appelle la pluie qui vient arroser les champs. Ce sont aussi les animaux qui veillent sur les hommes. Pour les peuples des Andes, en Amérique du sud, le condor survole le monde et le protège de ses larges ailes et de son regard perçant.

 

Chasser, c'est parler à l'animal

Roy Sesana, un chef important des Bushmen, parle ainsi des animaux qu'il chasse :

« Chasser, ce n'est pas du vol. C'est partir, parler et demander aux animaux. C'est poser un piège ou prendre un arc et des flèches. Cela peut prendre plusieurs jours. Vous traquez l'antilope. Elle sait que vous êtes là, elle sait qu'elle doit vous donner sa force. Mais elle court et il vous faut courir. En courant, vous devenez comme elle. Cela peut durer des heures et vous exténuer autant que l'animal. Vous lui parlez et le regardez dans les yeux. Et il sait alors qu'il doit vous donner sa force pour que vos enfants puissent vivre.

« Le fermier prétend être plus avancé que le chasseur mais je ne le crois pas. Ses troupeaux ne donnent pas plus de nourriture que les nôtres. Les antilopes ne sont pas nos esclaves, nous ne leur mettons pas de clochettes autour du cou et elles peuvent courir bien plus vite qu'une vache paresseuse ou qu'un berger. Nous courons ensemble à travers la vie. Lorsque je porte des cornes d'antilope en parure sur ma tête, cela me permet de communiquer avec mes ancêtres et ils m'aident. »

 

Un futur chasseur bushman...Un futur chasseur bushman...

© Stephen Corry/Survival

 

Pour se nourrir, il faut tuer les animaux, mais cela n'empêche pas de les respecter.

 

Lire son horoscope sur un os d'animal

Les chamanes ont toujours lu les paroles des esprits en déchiffrant des signes. Les Innu du Canada brûlent une omoplate d'animal et lisent les craquelures de l'os comme un langage magique pour savoir où se trouve le gibier. En Afrique, les devins dogon lisent les traces que dessine le renard sur un espace de sable où ils ont placé des repères. Dans l'Antiquité, les Romains lisaient le futur dans le vol des oiseaux ou les entrailles d'un animal sacrifié.

Pour les peuples indigènes, les animaux sont toujours très proches des hommes et la vie des uns se partage avec celle des autres. Pour certains, après la mort, l'homme renaîtra dans le corps d'un animal. Pour d'autres, les animaux ont le pouvoir de changer la vie des hommes et le chamane doit les interroger pour connaître l'avenir.

Pour les Polynésiens, la tortue représente l'espoir de vivre vieux, la dent de requin symbolise la force, la pieuvre l'océan. En se faisant tatouer ces images sur le corps, les hommes se donnent cette force ou cette longévité.

 

Se couper les cheveux avec des dents de piranha

Les animaux fournissent aux hommes toutes sortes de matériaux pour fabriquer une infinité de choses.

Les peuples nomades fabriquent souvent les toiles de leurs tentes avec des peaux : dromadaire pour les Touaregs, renne pour les Tchoutkche, ou avec du poil tissé de yak pour les Tibétains.

Les vêtements sont bien sûr en peaux d'animaux, avec la fourrure à l'intérieur pour les régions du Grand Nord. Les Inuit avaient aussi inventé le K-way depuis longtemps quand ils cousaient au petit point des morceaux d'estomac de morse presque transparents pour se faire des coupe-vent du plus grand raffinement.

Dans certaines sociétés, les tendons fournissent du fil à coudre, et dans d'autres, les bouses servent de combustible pour le feu.

Les instruments de musique sont fabriqués à partir de peaux tendues pour les tambours, de tendons pour les cordes, de cornes pour les trompes, etc.

 

Joueur de trompe maasaïJoueur de trompe maasaï

 

Mais aussi, que d'objets étonnants, comme les parures de nez des Papous de Nouvelle-Guinée en os d'aile de chauve-souris, la colle des Indiens des Grandes Plaines préparée avec des sabots de bison bouillis, les coquillages cousus sur les coiffes des femmes de l'Himalaya, à des milliers de kilomètres de toute mer, les gourdes des Bushmen du Kalahari en œuf d'autruche, les dents de piranha avec lesquelles les Nukak de Colombie se coupent les cheveux !

 

Un bébé singe comme doudou

Pour se nourrir, les Nukak de Colombie chassent le singe. Quand une mère singe est tuée, les petits sont recueillis au village et deviennent les compagnons de jeu des enfants. Ils les portent autour du cou, les nourrissent et font des jeux avec eux. Devenus assez grands pour survivre, ces jeunes singes sont remis en liberté dans la forêt.

Chez les Wayana de Guyane, les enfants capturent des perroquets et leur coupent le bout des plumes des ailes. Ils les apprivoisent pour qu'ils deviennent leurs compagnons de jeu et les accompagnent pendant les parties de pêche ou de tir à l'arc.

 

Enfant evenk jouant avec un jeune renneEnfant evenk jouant avec un jeune renne

© Alexandra Lavrillier

 

Le copain caïman

Pascal Dibie, un ethnologue qui a vécu parmi les Indiens d'Amazonie et a longtemps observé la faune qui les entoure, parle ainsi du caïman :

« Le caïman aime la plage, il est aussi le premier de la classe... Son museau est court et c'est sa queue qui fait sa force, on en fait de beaux sacs. A la différence du crocodile, il ne verse pas de larmes, est plutôt léthargique et se pousse à peine quand on le croise. On aurait tort de croire qu'il a sommeil quand il baille, non, il chasse... Ce monsieur aime que le gibier lui tombe tout mort dans le bec, et il attend, patiemment, au fil de l'eau, que le courant lui porte un agouti, une poule mouillée, un poisson pourri et, pourquoi pas, un crocodile. On mange de tout chez les alligators. »

 

Des dollars en aile de papillon

Il écrit aussi à propos des papillons :

« L'Amérique doit tout au papillon d'Amazonie. Elle lui doit son pouvoir, sa force : le dollar. Dans la grande forêt toujours verte à trois étages, les morphos bleus volent pour l'Amérique. Ils s'alimentent de chlorophylle pour que le dollar respire d'un beau vert argenté. On le capture, on l'épingle, on le sèche. Alors l'Américain prend ses ailes, les concasse et les mélange à la pâte de son papier monnaie. Le billet vert doit ses reflets aux papillons d'Amazonie. »

 

A toi de jouer : quel animal pour quel peuple ?

 

(Dossier réalisé à partir de la documentation de Survival, de Wikipédia et de nombreux articles parus dans divers magazines.)