Adieu boussole, bonjour GPS

Mars 2006

 

Au Pérou, les Indiens nahua utilisent le GPS pour dresser la carte de leur territoire.

 

C'est un étudiant anglais de 21 ans, Conrad, qui est parti au sud-est du pays, chez les Nahua, pour enquêter sur les problèmes qui opposaient ces Indiens aux bûcherons qui envahissent leur territoire.

Les Nahua vivent dans l'ouest de la forêt amazonienne et sont restés isolés jusqu'à ces dernières années. Après leurs premiers contacts, ils ont été victimes des maladies apportées par les étrangers et beaucoup en sont morts. (Lire le dossier de septembre 2005 sur les peuples non contactés.) Ils ne sont plus maintenant que 250, qui se sont regroupés dans un seul village, Serjali, au nord du parc naturel du Manu.

Quand Conrad est arrivé chez eux, il les a beaucoup écoutés et a rempli un cahier, "Le livre des faits", où sont écrits tous les compte-rendus des assemblées de la communauté. Quand Conrad est reparti, les Nahua ont décidé d'aller en ville, avec leur cahier sous le bras, pour le faire lire à des responsables du parc et à des personnalités politiques. Ainsi, tout le monde a pu savoir que, loin dans la forêt, des bûcherons pratiquaient une déforestation illégale.

Puis Conrad est revenu vivre avec eux, et les a aidés à établir une carte la plus précise possible de leur territoire de 2000 km2. Il a d'abord fallu expliquer aux Nahua ce qu'est une carte de géographie, puis comment se servir du GPS, cette machine qui communique avec les étoiles. Au bout d'un an, la carte était faite, montrant leurs lieux de pêche, de chasse, et de cueillette, leurs chemins, leurs arbres, les emplacements de leurs anciens villages où sont enterrées leurs familles.

Le travail de Conrad lui a valu de gagner un prix, et avec cet argent il veut offrir aux Nahua un ordinateur alimenté par des panneaux solaires pour qu'ils puissent compléter leur carte et y joindre des photos numériques montrant par exemple les bûcherons en pleine action illégale. En allant à la ville la plus proche, ils pourront alors envoyer par e-mail aux autorités ces documents, et les bûcherons ne pourront plus agir impunément. Le but est de faire obtenir aux Nahua un titre de propriété, c'est-à-dire un papier officiel qui dit qu'ils sont bien chez eux et que les bûcherons n'y ont aucun droit.

Dans la forêt amazonienne, la modernité ne passe pas forcément d'abord par le réfrigérateur ou le congélateur pour garder les restes de nourriture, puisque la viande chassée est toujours partagée entre tous. Le GPS, l'ordinateur, l'appareil photo numérique et Internet sont, dans ce cas, plus adaptés.

 

D'après Courrier International, 10 juin 2004.