Les Hopi

© Jonathan Mazower / Survival

 

"S'il reste un ou deux Hopi qui n'oublient pas les anciennes lois, alors il y a peut-être quelque espoir de sauver le monde", proclamait un vieil homme hopi en 1993.

 

 

Quel est leur vrai nom ?

Hopitu-Shinumu signifie "peuple pacifique". Les Hopi font partie des peuples désignés par les Espagnols comme des Pueblo. A leur arrivée en 1540, avec Francisco Vasquez de Coronado à leur tête, les conquérants nommèrent ainsi ceux qui construisaient des villages avec des maisons en dur, et non pas des tipis comme les Indiens des Grandes Plaines.

Ce peuple indien est descendant des Anasazi qui s'étaient établis dans la région vers 1 000 av. J.-C. et avaient construit des villages troglodytes au flanc des falaises qui bordent les canyons.

 

Dans quels pays et dans quel milieu naturel vivent-ils ?

Ils vivent sur un petit territoire, une réserve qui occupe trois mesas, ou plateaux, qui dominent le vaste désert de l'Arizona, près du Grand Canyon, aux Etats-Unis. Les limites sont tracées comme celles d'une île au milieu de la mer, au milieu de la réserve des Navajo. Situation étonnante qui n'est pas facile à vivre, mais qui leur a permis de mieux conserver leurs traditions que la plupart des autres peuples indiens des Etats-Unis.

 

La réserve hopiLa réserve hopi

 

La sécheresse et la chaleur des étés et le froid des hivers en font un pays rude, avec une végétation maigre. Il ne tombe que 10 cm de pluie par an pour faire pousser les récoltes. Il faut donc irriguer les champs en captant l'eau des sources. Oraibi, leur plus vieux village, serait le plus ancien de toute l'Amérique du nord.

 

Combien sont-ils ?

Environ 9 000 Hopi vivent dans la réserve, mais il est difficile de dire combien sont en ville et se sont mariés avec des non-Hopi.

 

Quelles langues parlent-ils ?

Ils parlent tous anglais, et le shoshonean, la langue hopi, a du mal à rester vivant. Pour la sauver, l'université de la ville de Tucson a mis au point une méthode d'enseignement, et maintenant presque tous les parents souhaitent que leurs enfants l'apprennent à l'école, ce qui n'était plus du tout le cas il y a 20 ans.

 

Comment s'habillent-ils ?

Les jeunes filles à marier sont reconnaissables à leur coiffure : deux gros macarrons noirs et lisses leur encadrent le visage et évoquent la fleur de courge. Les femmes s'enroulent des bandes de cuir autour des mollets et portent des robes de lainage à une seule épaule, retenues à la taille par une ceinture rayée. L'hiver, ils ont tous les épaules serrées dans de grandes couvertures de laine pour se défendre contre le froid et le vent du désert.

Les tissus sont toujours très colorés, à rayures et à motifs géométriques. Chaque couleur et chaque motif symbolisent quelque chose, tout comme les peintures corporelles lors des cérémonies. Ils confectionnent des mocassins en daim à franges, fermés d'un bouton argenté et des sacs en peau très souples.

 

Tissages hopiTissages hopi

© D.R.

 

Comment sont leurs maisons ?

Les villages ont tous une grande place centrale entourée de maisons à toits plats, avec des murs en pierre recouverte d'adobe, un enduit fait de boue mêlée à de la paille. Ainsi elles ont la couleur de la terre où elles sont construites. Pour entrer dans la maison, on monte sur le toit-terrasse par une échelle de bois appuyée au mur extérieur et l'on redescend à l'intérieur par une autre.

C'est sur ces terrasses que la foule s'installe pour suivre les danseurs lors des fêtes. C'est aussi là que l'on stocke les fagots de bois mort ramassé aux alentours pour alimenter le feu de la cuisine.

 

Quels animaux vivent autour d'eux ?

Le désert d'Arizona est le domaine des serpents, des araignées, des tortues et des lièvres que l'on retrouve dans leurs légendes. Les antilopes, les cerfs, les daims et les renards parcourent le désert et fournissent toutes sortes de peaux pour les vêtements, sacs, mocassins et lanières. Les animaux plus prestigieux sont le puma ou 'lion des montagnes' et l'aigle dont ils collectent les plumes. Ils en font des coiffures de fête et des fouets pour exciter les serpents lors d'une danse fameuse.

 

Que mangent-ils ?

Ils cultivent des courges et des haricots, mais c'est surtout le maïs qui constitue la base de l'alimentation. Il existe du maïs jaune, rouge et bleu. Le bleu est plus particulièrement celui qui est revenu aux Hopi lors de la création du monde. C'est une plante sacrée dont on fait de la farine pour le piiki, le pain des Hopi, et de fines galettes bleues cuites sur des pierres plates chaudes et roulées comme de longs cigares.

Pour la viande, ils élèvent des moutons. Ils ramassent des melons et cueillent des pêches après la saison des pluies. Mais la culture américaine a envahi les réserves indiennes, et le hamburger s'achète au "Kashina corner", le fast food du coin.

 

Quels sont leurs croyances et leurs rites ?

Les kachina sont les esprits des plantes, des animaux, des forces de la nature et des ancêtres. Ils vivent de juillet à décembre au sommet des montagnes et reviennent vivre auprès des Hopi du solstice d'hiver à celui d'été. On s'adresse à eux pour appeler la pluie ou faire fuir un malheur. Il en existe plus de 250, qui sont figurés par des poupées que l'on donne aux enfants pour leur appprendre ce qu'ils symbolisent : kachina-papillon, kachina-grosse-tête, kachina-clown, etc. Pour certaines danses, les hommes portent des masques de kachina, se parent de branches de pin et de plumes et se font asperger de grains de maïs.

 

Poupée hopiPoupée hopi

© D.R.

 

Les kiva sont des chambres souterraines rondes construites sous la grande place du village. C'est là que les hommes se retrouvent pour des cérémonies secrètes. Par le trou au centre du plafond, la nuit ils observent la ronde des étoiles et fixent les dates des rituels. C'est de là qu'ils sortent en cortège, par une échelle, au début des cérémonies.

 

Quelles sont leurs fêtes ?

Le calendrier des fêtes est marqué d'abord par la célébration des solstices et des équinoxes : il faut aider le soleil à poursuivre sa course. A ces occasions, ils exécutent sur la place du village des danses où ils portent des grelots aux chevilles en martelant le sol d'un pas très lourd et agitent des crecelles et des hochets qui imitent les bruits de l'orage. De loin, on entend les rythmes martelés des tambours sourds et des voix graves qui se mèlent au chant des flûtes.

La danse des serpents, où ils tiennent entre leurs dents des serpents à sonnette, est la plus célèbre. Ces serpents retourneront ensuite sous terre pour demander aux esprits d'envoyer la pluie indispensable aux récoltes.

 

Quelles œuvres d'art produisent-ils ?

Les poupées kachina ont été collectionnées par certains artistes au début du XXe siècle en France, les Surréalistes. Elles ont alors pris de la valeur comme objets de collection et se retrouvent dans des musées. Les Hopi continuent à en fabriquer pour les vendre aux touristes, et celles-là ne sont plus aussi soigneusement décorées qu'autrefois.

Les couvertures de laine traditionnellement tissées par les hommes, les poteries jaunes, rouges et brunes faites au colombin (ruban de terre-glaise qu'on enroule), les plats et paniers en vannerie aux motifs colorés évoquant des animaux, les bijoux en argent et turquoises font aussi la renommée des artistes hopi.

Les peintures de sable hopi sont aussi réputées : tu peux en voir un exemple dans la partie musée vivant de la médiathèque.

 

Quels sont leurs problèmes dans le monde actuel ?

Pour défendre leurs droits face aux Blancs qui les méprisaient et accaparaient leurs terres, les Pueblo fondèrent en 1922 un conseil dont les Hopi font partie. Certains sont très fiers de leur culture et refusent l'invasion du mode de vie américain. Bien qu'ils soient citoyens du plus riche pays du monde, beaucoup de jeunes n'ont pas de travail, sont pauvres et vivent des allocations. Ils passent des journées devant la télé en buvant du coca-cola.

Ils sont assaillis par les touristes et les journalistes à l'affût de spectacles de danse et d'objets d'artisanat. Or la discrétion et l'humilité sont des valeurs essentielles pour les Hopi. Comment respecter ces principes tout en acceptant la venue des Blancs bardés d'appareils photo, micros et caméscopes qui leur demandent de s'exhiber ? La communauté réussira-t-elle à rester unie malgré les deux modes de vie qui s'affrontent ?

 

 

Pour en savoir plus, cherche dans la médiathèque et sur le site Internet de Survival.

Dossier réalisé à partir de Gardiens de la terre, publication de Survival, de Hopi, photographs by J. Mora, éditions Rizzoli 1979 et de Voyage en terre indienne de T.C.Mc Luhan, éditions Filipacchi 1985.