Les Evenk

© Alexandra Lavrillier

 

"Quand tu chasses, prélève ce dont tu as besoin aujourd’hui,
ne prends jamais plus. Ne gaspille pas.
 Les animaux sont nos frères." Proverbe evenk.

 

 

Quel est leur vrai nom ?

Les Evenk étaient autrefois appelés Toungouses. Dans leur langue, eux-mêmes s'appellent Evenkil.

 

Dans quels pays et dans quel milieu naturel vivent-ils ?

Les Evenk vivent en Sibérie, sur un immense espace qui s'étend de l'océan Glacial Arctique au nord, à la Mongolie et la Chine au sud, entre le fleuve Ienisseï à l'ouest et l'océan Pacifique à l'est. La taïga couvre une grande partie de cette région. C'est une forêt avec beaucoup de conifères adaptés au froid, comme les mélèzes, les épicéas, les pins et les sapins. On y trouve également des feuillus comme les bouleaux, les saules, les peupliers et les sorbiers.

 

 

Il y a aussi de grandes zones de marais et de lacs qui se transforment en vastes étendues gelées pendant 6 à 8 mois car le climat est très rigoureux : -60°C l'hiver et +30°C l'été. Le printemps est la saison la plus difficile à cause du dégel. La fonte de la neige et de la glace rend le pays entièrement boueux.

 

Combien sont-ils ?

Les Evenk de Russie sont 35 000, le même nombre qu'en Chine, et ils sont environ 1 000 en Mongolie.

 

Quelles langues parlent-ils ?

La langue evenk, avant la Révolution russe de 1917, n'avait jamais été écrite. Son alphabet a été créé après 1900, et le premier livre imprimé date de 1928. Après des années où seul le russe était enseigné en classe, les jeunes Evenk peuvent maintenant étudier leur langue, alors que deux adultes sur trois en moyenne ne la connaissent plus.

 

Comment s'habillent-ils ?

Le costume, entièrement en peau de renne et, chez certains groupes, en peau de saumon, est bien ajusté et très élégamment orné de marqueterie de cuir, de broderies en fils et de perles de toutes les couleurs, avec des bijoux en métal pour les femmes. Tous portent des bonnets en fourrure contre le froid.

© Alexandra Lavrillier

 

Comment sont leurs maisons ?

La taïga n’est la propriété de personne et chacun est libre d’y planter sa tente. L'hiver, les Evenk vivent dans des tentes côniques dont la carcasse en bois de mélèze est recouverte de peaux de renne fumées, alors qu'en été les écorces de mélèze et de bouleau sont plus adaptées. Les perches ne sont jamais enlevées quand on change de lieu de campement. On les laisse dressées de manière à pouvoir les réutiliser facilement.



De nos jours, les tentes sont en toile, mais les Evenk sont en grande partie devenus sédentaires dans des maisons de village et de ville. Pendant les grands froids, on recouvre le bas de la tente d’une épaisse couche de neige pour obtenir une meilleure isolation. En été, on relève les pans de la couverture pour créer un courant d’air de façon à éloigner les moustiques. On les chasse aussi en allumant un feu de fumée dans un petit seau.

On couvre le sol d’une épaisse couche de branches fraîches de mélèze et de sapin. C’est le travail des femmes et des enfants que d’aller couper ces branches en forêt. Cette couche est changée chaque semaine pour que l'habitation reste toujours saine et propre.

 

Quels animaux vivent autour d'eux ?

La faune de la taïga est riche d'espèces de toutes tailles : le mouflon des neiges, l'ours, le renne sauvage, le lynx, le loup, le castor, le lièvre des neiges, le lemming, le glouton, la martre des pins et la zibeline sont les plus remarquables, mais beaucoup d'espèces plus courantes chez nous sont aussi bien représentées.

Nombre d'oiseaux migrateurs comme la grue, l'oie et le canard font étape dans la taïga, entre le Grand Nord et les régions chaudes du sud. Coucou et tétras lyre y vivent en permanence, et surtout le plongeon, oiseau sacré du chamane, qui voyage dans les 3 mondes des Evenk, le monde supérieur, le monde du milieu et le monde inférieur.

 

Que mangent-ils ?

En hiver, au printemps et en automne, on aménage au centre du campement un enclos pour les rennes. En été, on se contente de leur réserver un espace protégé par des feux de fumée. La nuit, on attache les jeunes dans un petit parc pour éviter que leurs mères ne s’éloignent. On veille sur le troupeau pour le protéger des ours qui seraient tentés de venir faire leurs provisions.

La nourriture est presque exclusivement animale : viande de renne et poisson. La moelle des os du renne est le plat préféré des Evenk, tout comme le foie et les reins. À la fin de l’été, ils récoltent les baies de la forêt, les dernières à mûrir étant les airelles qu'ils congèlent pour l’hiver. Ils font aussi des réserves de fromage de renne.

 

Comment chassent-ils ?

Chaque famille a son territoire de chasse bien délimité. Il règne une bonne entente entre les villages pour le partage de l'espace.

Pour se guider dans la taïga, il existe toute une écriture spéciale: une branche posée en travers du chemin indique qu'on ne peut avancer au-delà ; une flèche plantée dans l'écorce d'un arbre dont on a taillé les branches indique différentes choses, suivant que sa pointe est dirigée en haut ("je suis parti plus loin"), ou en bas ("je pose des pièges à proximité"), etc. Tout un langage pour laisser des informations le long des chemins qu'empruntent aussi les familles nomades.

Le chasseur doit pouvoir s’abriter la nuit : un toit incliné constitué de rondins ou une tente semi-cylindrique lui permettent de résister à un froid de –50°, même sans feu. On montait aussi autrefois de petites maisons rectangulaires en rondins, au toit en pente recouvert d’écorce de mélèze. Ces maisons, ni trop fraîches ni trop chaudes, étaient appréciées dans les saisons intermédiaires.

Pour les Evenk, la chasse n'est pas un acte de prédation, mais un 'échange' entre les humains et les espèces sauvages dont ils se nourrissent.

 

Quels sont leurs croyances et leurs rites ?

Ils croient au pouvoir des esprits qui habitent les arbres et les rochers. Le chamane est choisi par son clan. On le consulte sur tout, en particulier pour la chasse. De même que les humains se nourrissent du gibier, de même les esprits des espèces sauvages consomment la force vitale des humains, dévorant leur chair et suçant leur sang. La maladie et la mort qui en découlent sont donc normales. La fonction du chamane est d’accomplir cet échange de chair avec les espèces sauvages. Il doit obtenir d’elles des 'promesses de gibier', c'est à dire de la chance à la chasse. En retour, il laisse les esprits le 'dévorer'. Un bon chamane est celui qui 'prend' le plus et le plus tôt possible, et 'rend' le moins et le plus tard possible.

Les défunts étaient mis le plus souvent dans des troncs d'arbres vides ou dans une sorte de caisse où l'on déposait aussi les objets lui ayant appartenu. On hissait ces boîtes ou ces troncs sur 2 poteaux de 2 mètres de haut pour les mettre à l'abri des bêtes. Maintenant ils sont enterrés dans le cimetière du village.

 

Comment sont leurs fêtes ?

La fête du renne, à l'arrivée du printemps, est l'occasion de grands rassemblements avec courses à dos de renne, en traîneau et à ski. On en profite pour rendre visite aux chamanes et pour se rencontrer entre Evenk venus de campements éloignés de plusieurs jours de traîneau. On y décide des mariages à venir, on y met au point les accords pour la prochaine saison de chasse, on y vend des peaux et de la viande.

 

Quelles œuvres d'art produisent-ils ?

Les Evenk fabriquent des objets en bois de renne et en bouleau sculptés, comme des traineaux pour jouer, des figurines d'animaux, des berceaux de poupée. Ils sont spécialistes de la marqueterie de peaux pour faire des tapis, tentures, sacs, chapeaux et bottes et des broderies de perles sur les costumes. Leur musique consiste en chants pour danser ou bercer, avec une grande part d'improvisation et en général ils ne s'accompagnent pas d'instruments.

 

Quels sont leurs problèmes dans le monde actuel ?

Leur mode de vie traditionnel a été profondément transformé par les Russes qui gouvernaient toute la Sibérie. A l'époque de Staline, vers 1930, les chefs et les chamanes evenk furent pourchassés et assassinés. Les nomades furent obligés de devenir sédentaires, et leurs enfants furent arrachés à leurs familles pour devenir internes dans les écoles russes. Ils y perdirent leur langue maternelle et leur mode de vie.



La vie en ville ne convenait pas à ce peuple nomade et l'alcoolisme commença à faire des ravages parmi les hommes au chômage. Depuis quelques annnées, ils réagissent et l'alcool est interdit dans leurs villages.

De nos jours, l'exploitation du pétrole, du gaz, des diamants, de l'or et autres minéraux détruit l'environnement et donc le mode de vie des Evenk. Ils réclament le droit de continuer à vivre sur leurs terres ancestrales, d'être des éleveurs nomades et de parler leur propre langue.

RAIPON, l'association des peuples minoritaires de la Sibérie essaie de faire changer les lois en leur faveur. Ils militent surtout pour la conservation de la culture et l'enseignement des langues indigènes. Le réseau a un représentant dans chaque village et ville, et l'administration russe est obligée de tenir compte de leur avis.

 

 

Pour en savoir plus, cherche des livres dans la médiathèque.

Tu peux faire connaissance avec des enfants evenk de Sibérie dans la rubrique Ecoles.

Dossier réalisé grâce à la collaboration précieuse de Alexandra Lavrillier, ethnologue spécialiste de la population evenk, qui vit parmi eux depuis des années.