Les Awá

© 2000 Fiona Watson/Survival

 

"Si vous détruisez la forêt, vous nous détruisez aussi. " (Blade, un Awá.)

 

 

Quel est leur vrai nom ?

Les Awá, l'un des derniers groupes de chasseurs-cueilleurs nomades du Brésil, s'appellent aussi Guajá. Awá, dans leur langue, signifie « les gens ».

 

Dans quels pays et dans quel milieu naturel vivent-ils ?

Les Awá vivent dans la partie orientale de l'Amazonie brésilienne, dans l'Etat du Maranhão.

Les Awá connaissent intimement la forêt. Chaque vallée, chaque cours d’eau, chaque sentier est inscrit dans leur esprit. Ils savent où trouver le meilleur miel, quels arbres de la forêt vont donner les prochains fruits et quand le gibier pourra être chassé. Pour eux, la forêt est la perfection : ils ne peuvent imaginer qu’on puisse la développer ou l’améliorer.

Certains Awá, qui vivent sans aucun contact avec le monde extérieur, forment un des derniers peuples isolés de la planète. En tant que nomades, ils se déplacent dans la forêt avec leurs enfants et leurs animaux en transportant dans des paniers tressés en feuilles de palmier tout ce dont ils ont besoin : les arcs et les flèches, les cordes en liane pour grimper aux arbres, et la résine pour s’éclairer.

 

Combien sont-ils ?

Le peuple awá compte environ 450 individus, dont une centaine n’a toujours aucun contact avec le monde extérieur.

La plupart des Awá sont les survivants de violents massacres qui les ont atteints aussi bien physiquement que moralement.

 

Quelles langues parlent-ils ?

La langue awá, ou guajá, est une langue de la famille tupi-guarani, comme le guarani ou les langues parlées par les Zo’é et les Teko.

Voici quelques mots de vocabulaire awá :

tua : père
ihia : mère
ta'tra : fils
tajra : fille
hajnawyja : sœur
ikwyxa'a : frère
avô : grand-père
avó : grand-mère
imena : mari
hamirikoa : femme
hapihiana : ami

 

Dessin d'enfant awáDessin d'enfant awá

© CIMI/Survival

 

Comment s'habillent-ils ?

Les chasseurs awá vont traditionnellement nus, seulement munis de leurs arcs et de leurs flèches. Après une chasse réussie, les Awá portent des sacs à dos en feuilles de palmiers.

 

Chasseurs awáChasseurs awá

© Survival

 

Comment sont leurs maisons ?

Les Awá nomades qui vivent encore isolés dans la forêt ne construisent pas de maisons, mais des abris de branchages couverts de feuilles de palmiers appelés tapãí. Ils dorment dans de solides hamacs fabriqués avec des fibres de palmiers.

 

Dessin d'enfant awáDessin d'enfant awá

© CIMI/Survival

 

Quels animaux vivent autour d'eux ?

Les Awá sont de grands gardiens d’animaux de compagnie : la plupart des familles comptent plus d’animaux domestiques que d’humains, du coati, une sorte de raton-laveur, au vautour royal, en passant par le cochon sauvage. Mais les singes sont, de loin, les animaux préférés des Awá.

 

Singe capucin et femme awáSinge capucin et femme awá

© Survival

 

Pour choisir le prénom de leurs enfants, les Awá attendent qu’ils atteignent l’âge où l'animal ou l'être vivant qui leur correspond le mieux se présentera à eux : par exemple, Colombe ou Papillon-Bleu. Un jeune awá particulièrement remuant a récemment été prénommé Ver-de-terre !

 

Que mangent-ils ?

Les Awá chassent, pêchent et collectent les produits de la forêt, comme les noix ou les fruits sauvages.

Si les ressources de la forêt sont abondantes, tous les animaux n’y sont pas prélevés. Ainsi, le capybara, le plus gros rongeur du monde, ou bien l’aigle harpie sont tabous pour les Awá qui ne consomment pas leur viande. Les Awá disent aussi que manger une chauve-souris provoquerait des maux de tête. L’opossum ? Il sent mauvais. Le colibri ? Trop petit.

Bien que le singe soit une source importante de nourriture, si un bébé singe est ramené dans une famille pour être nourri, il ne sera jamais mangé. Même s’il retourne dans la forêt, les Awá le reconnaîtront comme un hanima : un membre de la famille.

D’autres animaux ne sont chassés qu’à certaines périodes de l’année. Les Awá garantissent ainsi la préservation de la biodiversité tout comme leur propre survie.

Comment chassent-ils ?

La chasse est l’une des principales activités des Awá. Les femmes encouragent leurs époux à revenir avec du gibier en abondance, et les hommes s’exécutent.

Les Awá qui vivent encore isolés dans la forêt chassent avec des arcs de 2 mètres de long. Les flèches volent silencieusement jusque dans la canopée, ce qui permet d’en tirer plusieurs avant que le gibier ne soit alerté de la présence des chasseurs.

Les Awá sédentaires ont adopté le fusil des braconniers et sont devenus des tireurs aguerris. Mais tous les chasseurs conservent un arc et un jeu de flèches au cas où les munitions viendraient à manquer.

 

Quels sont leurs croyances et leurs rites ?

Un rite exécuté dans une obscure forêt par une nuit de pleine lune peut paraître sinistre. Pas pour les Awá, pour lesquels ce rite marque l’appartenance à la communauté.

Pénétrer dans le royaume des esprits de la forêt est une affaire de famille. Tandis que les femmes ornent le corps de leurs époux de plumes de vautour royal à l’aide de résine, les jeunes enfants les observent attentivement. Plus tard, alors que les chants se font de plus en plus intenses et que les hommes se dirigent vers le domaine des esprits, les bébés s’endorment au clair de lune. Lors de ces cérémonies, les Awá n’ont recours à aucune drogue : seuls les chants permettent aux hommes d’entrer en état de transe.

Au cours du rite, les hommes quittent la Terre et se dirigent vers l’iwa, le domaine des esprits de la forêt. Ils y accèdent à travers une porte qui ressemble à un abri de chasseur, la frontière entre deux mondes. Les hommes se pressent autour de la porte avant d’entrer et lorsqu’ils atteignent l’iwa, ils rejoignent les âmes de leurs ancêtres et les esprits de la forêt. La chasse est toujours bonne dans l’iwa, puisqu’elle est aussi le domaine des animaux de la forêt.

 

Quels sont leurs problèmes dans le monde actuel ?

Si les Awá isolés circulent constamment d’une zone de chasse à l’autre, ils ont aujourd’hui une autre raison de se déplacer…

En effet, les Awá ne sont pas les seuls à apprécier les arbres géants de la forêt. Bien que leur territoire soit protégé par la loi, des bandes de bûcherons criminels y affluent pour faire fortune. Seules la résistance de la tribu et l’arrivée de la saison des pluies peuvent ralentir leur avancée. Lorsque la saison humide touche à sa fin, les bûcherons reprennent leurs activités et les éleveurs incendient de nouvelles parcelles de la forêt. Des nuages de fumée recouvrent la canopée, occultant les rayons du soleil. La forêt crépite et se consume : on dirait la fin du monde.

Même s’ils sont tout à fait autosuffisants, les Awá isolés sont la tribu la plus vulnérable du monde. Un simple rhume pourrait anéantir un groupe entier et, quand ils sont confrontés à des bûcherons illégaux, leurs arcs et leurs flèches ne sont d’aucune utilité face aux fusils des envahisseurs.

Il est temps d’agir : les activités des bûcherons et des éleveurs ont atteint un point critique. Près de 30% d’une des réserves awá légalement protégées a déjà été détruite. Les forêts des Awá disparaissent plus vite qu’aucun autre territoire indigène du Brésil. Survival mène actuellement une campagne pour demander au gouvernement brésilien de les protéger.

 

 

Tu trouveras des photos des Awá dans la photothèque.
Pour en savoir plus, cherche dans la médiathèque et sur le site de Survival.

Lis aussi notre dossier consacré aux peuples non-contactés et l'article "Pourquoi il faut protéger les Indiens isolés".