Au gré de la plume

Novembre 2015

 

                                           «Il ne faut jamais ignorer un oiseau qui se meurt" 

                                            Elijah Oqaituk

 

Les habitants de Sanikuluaq, petit village niché au nord de l'archipel des îles Belcher, dans la Baie d'Hudson au Canada, partagent leur territoire avec un canard, l'eider arctique, depuis des siècles. Leurs histoires sont intimement liées, car c'est l'oiseau qui a permis aux Inuits de cette région du Nunavut de survivre à ces températures extrêmes fournissant nourriture et vêtements chauds à l'homme. Depuis toujours, les Inuits qui vivent dans ces îles recueillent le duvet des eiders pour en faire des vêtements et des édredons particulièrement chauds.

La femelle eider tapisse son nid d'une grande quantité de plumes pour garder ses petits bien a l'abri et à la chaleur du duvet. Quand les petits quittent le nid, le duvet est récolté dans chaque nid. Il faut au moins le duvet d'une quarantaine de nid pour obtenir un demi kilo de duvet ! Ce duvet est connu pour ses propriétés isolantes et ses capacités à réguler la température et l'humidité. Mais voilà, les habitants de Sanikuluaq ont remarqué qu'un nombre très inhabituel d'eiders étaient mort durant l'hiver 1990. 

Dans cette région, le rythme normal de la nature transforme l'eau douce des lacs et des rivières en glace pendant l'hiver. La création de nombreux barrages hydroélectriques a complètement bouleversé cet équilibre naturel en déversant de l'eau à l'automne, au moment même où se forment les glaces. Et comme l'eau douce gèle plus vite que les courants d'eau salée de la Baie d'Hudson, la surface d'eau de la Baie gèle entièrement sans laisser de ces trous d'eau appelés "polynies" qui sont une source de vie et de nourriture permettant à la faune locale, oiseaux, poissons, phoques, et ours de survivre.

Sans polynies, les eiders qui sont d'excellents plongeurs et se nourrissent de crustacés et de coquillages sont privés de nourriture et condamnés à mourrir. Avec la mort des eiders, c'est la vie des Inuits qui est affectée. Par ailleurs le réchauffement climatique rend les transports sur une  glace fragile plus dangereuse et multiplie les risques d'accidents pour les Inuits qui chassent sur la baie.

 

D'après le film "Au gré de la plume" de Joël Heath